3615 Ma vie

tous les sujets inutiles, inclassables, etc.

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 17 Jan 2015, 14:15

Hier, un client qui vient avec sa fille. Il me commande sa pizza pour 18H30 et comme d'habitude, sa pizza n'est pas prête à l'heure. Il bougonne un peu, je l'engueule gentiment en lui disant que d'habitude, il arrive toujours avec un quart d'heure de retard. On joue donc. Il n'est pas allé manifesté car il avait trop de boulot. Il bosse à mi-temps dans un cabinet comptable et surtout est gestionnaire d'une boîte installant du matériel "énergie renouvelable" (genre panneau solaire, isolation etc.). Là, il en a marre car il doit se taper tout le social de l'entreprise -en plus des litiges avec les clients sur le boulot de l'ancien patron de la boîte. Et comme il a déjà un mois de retard ... Sa fille a trouvé un stage de découverte pour sa troisième. Pendant une semaine, elle découvrira le métier de vétérinaire. Je lui souligne le côté original de ce choix de stage. Surtout pour une fille. Ce n'est pas comme si la plupart des filles aimaient les animaux. J'ajoute aussi que les animaux sont cools car si un animal a un cancer et qu'on l'a mal soigné, la famille ne portera pas plainte contrairement aux proches d'un être humain.

Plus tard, un client d'origine arabe et ancien musulman. Il est allé manifesté et il comprend aussi l'indignation dans les pays arabes à la suite de la sortie du dernier "Charlie Hebdo". Le problème, c'est la représentation de Mahomet. Au niveau de l'Islam, il n'y a pas de "culture de la représentation" comme dans les autres religions. Il n'y a pas de tableaux sur la naissance du prophète comme pour Jésus, Marie etc. Le Mahomet que chacun adore est la vision qu'il s'en fait. Quelque chose d'assez abstrait en quelque sorte. Ce qui choque donc, c'est le fait de représenter Mahomet avant le message plutôt positif du titre. Mais l'attentat de Charlie commence à faire changer certaines choses. Certains modérés comprennent que pour s'intégrer, il faut aussi accepter que le prophète puisse être représenté en bien ou en mal. Notamment par des non croyants. Mais il y a encore beaucoup de chemin à faire, conclut-il. Beaucoup.

Pour finir, je vais vous donner la vérité absolue sur l'attentat de Charlie Hebdo. Cette vérité, je la tiens d'un homme extrêmement informé et très observateur: un pilier de comptoir. Il n'est pas allé manifesté car lui, il ne veut pas qu'on le voit. Il veut rester petit dans son coin. Il touche sa retraire (ou plutôt sa curatelle lui donne des sous) et il mène sa petite vie avec son petit pécule. Il ne fait pas de vagues. Alors, il ne va pas aux manifestations. Surtout que dans celle là, les gens ont peut-être tort. Lucide, il a quand même compris ce qu'il y a derrière tout ce mouvement "Je suis Charlie". En fait tout ce mouvement, c'est pour faire vendre le journal "Charlie Hebdo". Je lui réponds qu'il y a des moyens plus économiques qu'une dizaine de morts pour faire de la pub. Non, non, non, il est sûr de son opinion. Quand quelqu'un se fait écraser par une voiture, on n'en parle pas. Donc, là, c'est de la pub. Il le sait car il l'a observé au bar- tabac du coin. Les gens viennent acheter Charlie mais ils sont sur liste d'attente. Le buraliste a sa liste et il donne le journal au fil des personnes. Si cela se passe comme ça, c'est que toute cette affaire, en fait, c'est de la pub. Que de la pub. Et il me reprend une bière pour la route. Quand il part, je repense au slogan de la série X-files: La vérité est ailleurs. En fait, elle n'est pas ailleurs. La vérité est au fond d'un verre si on en croit les piliers de comptoir.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3005
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 32 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Zorga » 21 Jan 2015, 15:13

Je me suis mis à jour sur tes anecdotes =]. Content de voir que ça ne t'a pas lassé.
Avatar de l’utilisateur
Zorga
Grain de café
 
Message(s) : 158
Inscription : 01-11-2011
a noté: 0 fois
a été noté: 0 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar allartthomas » 25 Jan 2015, 11:44

oui , pareil pour moi :]]

ça faisait quelques mois que je n'étais pas venu sur le forum ,
et c'est la première chose que j'ai "cliquée" ...

des anecdotes toujours aussi drôles , touchantes et , peut-être dans ta façon toute simple
de les retranscrire , un peu "étranges" ... dans le sens où on a la sensation ,
à chaque fois , "qu'il va se passer quelque chose" :]]


c'est une merveilleuse chronique , j'adore .

bravo Kim .

à bientôt .
Avatar de l’utilisateur
allartthomas
Gringo
 
Message(s) : 2864
Inscription : 10-10-2007
a noté: 86 fois
a été noté: 131 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar _sam_ » 26 Jan 2015, 12:11

Oui, elles sont bien écrites tes anecdotes je viens aussi les lire régulièrement :)
Avatar de l’utilisateur
_sam_
Torréfacteur
 
Message(s) : 4323
Inscription : 03-05-2006
Localisation : Alentours de Lyon
a noté: 23 fois
a été noté: 49 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 28 Jan 2015, 00:53

Quand il n'y a pas beaucoup de monde comme en cette période hivernale de vaches maigres, je m'occupe à la pizzeria. Le meilleur synonyme pour s'occuper exactement, serait nettoyer. Ce soir, en l' occurrence, il s'agissait de mes frigos sous mon plan de travail en marbre. Et comme la tranquillité est quand même quelque chose d'assez surfait en fin de compte, c'est naturellement, quand j'avais tout sorti et que j'entamais à peine mon nettoyage que les trois jolies jeunes filles étudiant à l'école de police à côté, sont entrées. Fort heureusement pour moi, elles ont pris un peu de temps pour choisir, ce qui m'a permis de ranger une partie de mes bacs etc. Je ne sais pas quel est le mathématicien qui a réussi à énumérer la théorie selon laquelle "On est toujours emmerdé au mauvais moment", mais je dois avouer qu'il n'a pas tort.

Pour en revenir aux trois futures policières, une d'entre elles sourit en lisant ma carte. "C'est quoi le mode Solid Snake ?" lui demande une de ses camarades. "C'est ce que j'ai essayé de faire en me planquant dans un carton cet aprém durant l'entrainement. Une référence à un jeu d'infiltration. Mon dieu, je suis une geek." Suite à cette révélation, la conversation part sur des bases plus concrètes. Cet été, on va aux fêtes de Bayonne. C'est cool, je les ai faites les années précédentes. Oui, mais on finit le 31 Juillet et je ne sais pas si les fêtes ne seront pas commencées alors. En les entendant, me reviennent des souvenirs de ce doux temps où étudiant, moi aussi, je prévoyais un voyage éthylique du côté de Bayonne. Les préoccupations estudiantines demeurent les mêmes. Boire, faire la fête. Même quand on va être policière.

Plus tard, trois garçons en formation AFPA, exactement dans le bâtiment, et qui dorment non loin de la pizzeria. Je leur dis qu'à cinq minutes prés, ils viennent de louper les filles. Les filles étant une denrée rare en maçonnerie, peinture, plomberie et autre couverture, l'un d'eux me demandent quand est-ce qu'elles viennent. Ma pizzeria n'étant pas encore un site de rencontres, je lui rétorque que je ne sais pas. La conversation devient du coup plus terre à terre quand le foot arrive dans la conversation.

Une fois partis, j'entame mon ménage, histoire de partir plus tôt. Tandis que j'achève ma vaisselle, un type entre dans ma pizzeria pour récupérer ses deux pizzas que sa copine a commandé il y a vingt minutes. Le hic, c'est que personne ne m'a téléphoné vingt minutes avant. Du coup, je n'ai rien fait. Il me demande quand je ferme, je lui réponds à 22 heures. Il va voir avec sa copine mais il voulait venir ici. Quand il part, un dilemme de trois minutes me saisit: Faut-il que je continue à ranger ou que j'attende son éventuel coup de fil ? Partant du principe qu'il a commandé ailleurs et va y aller, je continue mon ménage. La dernière étape de mon ménage consiste à racler mes sols une fois que j'ai rincé mes sols à l'eau après les avoir frotté. Et c'est précisément à ce moment là que le gars appelle pour ses deux pizzas. Et comme les vaches sont maigres en ce moment, j'accepte la commande, salis mon plan de travail, oublie d'essuyer la pelle à pizza que je venais de nettoyer. Du coup, la pizza s'étire dans mon four, elle se déchire, dégueulasse mon four tout briqué, me forçant à la refaire en réouvrant une bûche de chèvre (car naturellement il n'y en a plus) etc. Pour résumer, quand le client arrive, ses pizzas sont prêtes et ma cuisine est aussi propre qu' après le passage d'un tsunami. Moralité: quarante minutes de re-ménage. On est toujours emmerdé au mauvais moment. CQFD.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3005
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 32 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 30 Jan 2015, 14:42

Ce matin, je suis allé au petit déjeuner des commerçants. Il s'agit d'un petit déjeuner organisé par le maire de Périgueux avec les commerçants de la ville. J'avais reçu plusieurs invitations par mail et je me suis dit que cette fois, c'était l'occasion de voir de quoi il s'agissait. Avant de commencer, je vais situer le cadre: Une salle de réception cosy, de belles tables rondes avec de jolies nappes, une corbeille au milieu de chacune d'entre elles avec des mini croissants et chocolatines (ou pains au chocolat pour les autochtones ne résidant pas dans le sud-ouest). Sur un mur, un écran sur lequel va défiler la présentation powerpoint. Une trentaine de commerçants sont là et une dizaine de personnes de la mairie allant du maire, aux conseillers municipaux aux employés vous servant le thé/café. Parmi les commerçants, donc ma pomme avec son petit boui-boui à pizzas mais aussi d'autres plus importants comme un opticien avec une trentaine de magasins, des gens ayant des boutiques de fringues, des cafetiers etc.

Cette réunion mine de rien à un objectif: convaincre les commerçants de l'aménagement de Périgueux au niveau des boulevards. Sans entrer dans le détail, le maire souhaite faire un beau boulevard façon ramblas pour stimuler le centre ville. A ma table, un gars qui semble être un conseiller municipal de la précédente mairie. Et du coup de jolis commentaires en aparté.

Le cœur du projet municipal est la suppression d'un rond-point pour prolonger les boulevards. Cela semble ne pas grand chose mais on s'aperçoit vite que cela avoir de grosses conséquences sur le trafic ici et là. Un commerçant mentionne le passage des bus, un autre de futur embouteillages. Le maire dégaine toutefois son chiffre phare: Avec le marché de Noël dernier et la suppression temporaire de ce rond point, la fréquentation des parkings souterrains a largement augmentée. Oui, mais c'était pour Noël. Après, il y aura quoi comme animations attractives ? Il est question d'un parking souterrain sous un parking existant situé à 50 m de la rivière. Le maire évoque 3 niveaux potentiels. A côté de moi, on susurre que vu la zone inondable, avec trois niveaux, il y en aura deux d'inondés. Cela fera peut-être des heureux parmi les membres du club de plongée.

Bref, des discussions autour des projets d'aménagements en mode questions/ réponses. Et puis soudain, un commerçant prend la parole avec son franc parler des familles. Il tempête car la petite rue qui passe pas loin de son commerce sera encore plus vide etc. C'est qui ? demande t-on à côté. C'est lui. Un emmerdeur. Ils sont une poignée de commerçants dans une petite galerie et à chaque fois, ils viennent gueuler. On leur a posé une borne à 15.000 € comme ils voulaient et ils se plaignent encore. Et le gouailleur de presque partir en pugilat avec une commerçante à côté qui proteste. Où sont les gants de boxe ? Le maire tente de répondre au virulent qui le coupe toutes les deux minutes. La réunion s' achève avec une ambiance plus chaude. En partant, je fais remarquer à une collaboratrice municipale que quitte à couler le budget de la ville, ils devraient mettre des viennoiseries plus grandes.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3005
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 32 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 10 Fév 2015, 01:15

Pour une fois dans cette chronique pizza, je ne vais pas parler de mes clients mais de moi. Bon, d'accord, je parle aussi souvent de ma pomme ici, donc en fait, cela ne va pas changer grand chose.

Ces derniers temps, je n'ai pas la pêche au niveau de la pizzeria. Il y a globalement peu de clients et sur les deux derniers mois, mon chiffre d'affaires est trés loin d'être brillant. On me dira que c'est la saison morte en ce moment, que les gens se déplacent moins pour venir chercher des pizzas quand il fait froid dehors, que comme c'est la crise, les gens n'ont plus de sous, surtout aprés Noël, surtout avant les impôts etc. Oui, oui, oui, tout cela est vrai. Il y a la concurrence qui a augmentée sur ma zone, on est grosso modo plus de vingt cinq en "offre pizza" (restaus et camion inclus) autour de Périgueux, ce qui est beaucoup trop et qu'il va y avoir des morts à un moment donné ... Oui, oui, oui. Mais il n'empêche que quand le temps passe lentement, quand on a nettoyé ses frigos et qu' on se s'emmerde quelque peu, on pense. En ce qui me concerne, mes pensées vont vers la vente. Plouf, pavé dans la mare. Le lecteur assidu de ces chroniques que vous êtes, sent soudain monter en lui, une angoisse sourde: Si il vend, qui m' abreuvera en chroniques pizzas ? C'est dur les addictions.

J'ai pris les coordonnées d'un gars qui cherche une pizzeria sur Périgueux la semaine dernière. Un de ses copains qui fait de la livraison, pense que je suis sur un des meilleurs axes de vente de la ville. Il livre une quantité phénoménale de personnes en burger autour du boulevard. Une statistique affolante. L'affaire est intéressante. D'autant plus que là-bas, un autre de mes collègues pizzaïolo veut vendre son commerce une fortune. Et qu'en plus, vu, combien aujourd'hui, il y a de pizzaïolos sur Périgueux, à moins d'amener 50% minimum de la somme en apport personnel, aucune banque ne suivra. Dans ma tête, se dessine un prix, pas trop cher. Et puis, c'est vrai que j'en ai un peu marre depuis trois ans et demi. Il y a une certaine usure de la répétition, même si malgré tout, les clients changent le quotidien. Un ami ayant un commerce de restauration, songe à vendre aussi. Aller Kim, on vend ensemble et on monte un autre truc ensemble. Il a une idée géniale qui ne s'est pas encore faite sur Périgueux et qui va cartonner grave. Lui, il en a marre car sa vie familiale ne suit pas. Il a l'impression que son commerce va finir de lui user son couple. On s'entend bien ensemble, pourquoi pas ? Vendre maintenant est intéressant aussi car mes bilans ne sont pas mauvais. Attendre plus, c'est prendre le risque qu'ils deviennent pires et donc, vendre à un moindre coût. Et puis, si des pizzaïolos coulent sur Périgueux, ils seront sûrement remplacés par d'autres, alors ...

Alors, quand on touche le fond, on se rend compte parfois qu'avec une bonne impulsion, on peut remonter. Et c'est ce que je vais faire: combattre. Dans mon cas, une solution m'est venue: essayer de me diversifier, essayer de toucher une nouvelle clientèle. En ce qui me concerne, c'est un nouveau marché, un marché de professionnel qui n'a pas forcément accès à la pizza: les sandwicheries. J'ai commencé à mettre au point une liste de pizzas en petit format en travaillant l'aspect et en les budgétisant de façon à conserver un minimum de marge dessus. La difficulté principale tient à la façon de réchauffer la pizza. Dans la sandwicherie, l'incontournable est le micro-onde. Et une pizza fine, passée au micro-onde, sort molle, sans aucune tenue. Donc pas facile à manger. Sur le net, je lis un article sur un gars qui a fait une super pizza avec un micro-onde. Je n'ai pas testé la recette mais vu la gueule de la pizza aux bords tous blancs, je suis dubitatif. Je vais quand même l'essayer mais cette pizza se réchauffera t-elle bien ? Toujours sur internet, un gars clame haut et fort sa recette pour que la pizza ne sèche pas au micro-ondes: mettre de un verre d'eau à côté durant la cuisson. Effectivement, la pizza n'est pas sèche mais deux fois plus molle après test. Le web est décidément un grand bazar avec tout et n'importe quoi. Inévitablement, je parle de l'idée à mes clients. Je leur montre mon prototype de pizza avec une idée du prix auquel le produit pourrait finalement leur être vendu. Tous trouvent cela honnête et le produit séduisant. Une cliente me fait une suggestion sur la cuisson, un truc à essayer qui pourrait ne pas amollir le produit. D'autres idées de promotions et d'autres conneries me viennent en tête. En deux mots, après avoir songé à vendre, je tente d'autres choses. Dés lors soyez tranquilles: vous aurez encore vos chroniques pizzas pour quelques temps.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3005
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 32 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar ash » 10 Fév 2015, 23:41

ouf! merci! bon courage! [marmiton]
ash
Torréfacteur
 
Message(s) : 3569
Inscription : 07-12-2005
Localisation : Back in bretagne!!!
a noté: 9 fois
a été noté: 10 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar allartthomas » 12 Fév 2015, 12:13

ne vends surtout pas malheureux !
laisse-moi le temps de venir déguster l'une de tes pizzas chez toi , à Périgueux !

sac à papier !
Avatar de l’utilisateur
allartthomas
Gringo
 
Message(s) : 2864
Inscription : 10-10-2007
a noté: 86 fois
a été noté: 131 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar fmf » 12 Fév 2015, 21:15

pareil que Thomas !!!
"L'Ecossais ne se bat pas jusqu'à ce qu'il voit son propre sang."
topic : croquis & nus
Avatar de l’utilisateur
fmf
Torréfacteur
 
Message(s) : 4780
Inscription : 29-12-2004
Localisation : Arras
a noté: 20 fois
a été noté: 4 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 17 Fév 2015, 03:21

Donc, le démarchage des sandwicheries. Pour la première, je prépare des produits, je me calcule le dosage avec un prix de vente potentiel incluant ma marge et celle du revendeur. J'arrive à ma première sandwicherie et là, paf, le produit n'est pas adapté. Trop cher en prix de vente pour le client (5€ mon projet). Il faut plus petit, quelque chose vendu 3 €. Donc de la pizza en plaque. Je réfléchis, une plaque = 12 parts de pizzas. Traditionnellement, la pizza en plaque est une pizza pâte épaisse (la téglia) mais on devrait pouvoir faire de la pâte fine avec une cuisson commencée sur plaque et finie sur la pierre réfractaire directement. Le problème que je me pose est: Est-ce que cela ira en terme de quantité ? Pour info, si je compte 60% de marge sur le produit pour le revendeur et ma pomme, la part de pizza doit me revenir à 0.48 € de fabrication. Le gros du coût vient de la mozzarella.

Ce soir, test de nouvelles pizzas: D'abord, une recette dont on m'a parlé qui se vendrait bien chez Domino Pizza: Une pizza avec une base Barbecue et de la viande hachée. Verdict: C'est pas mauvais mais surtout trés addictif. On mange une part, on a envie d'en manger une autre. Du coup, je me demande ce qu'ils mettent dans la sauce barbecue. Ensuite, une base créme citronnée, avec du poulet, des oignons et du cumin. Un mélange trés sympa et frais. Et pour finir un test "What the fuck" avec de la créme, du gorgonzola, de la cannelle et du magret fumé. Le résultat est comme la tarte au concombre: Ah ben, c'est pas bon.

Au niveau client, un copain. C'est un gars un peu roots et nature, le genre à aller dans des festivals shamaniques, à manger bio, dormir dans une grotte etc. Il m'avait parlé d'un truc super: Le rocket stove. C'est un four qui cuit plein de truc super vite et ce rien qu'avec des brindilles. Le principe, c'est un tuyau en coude qui du coup, fait une cheminée. On met le tuyau dans un isolant type terre ou cendre pour retenir la chaleur. On fait son feu de brindilles en bas. La chaleur monte dans la cheminée et ça cuit les trucs au dessus. Comme j'ai changé les tuyaux de mon poêle à bois chez moi, j'ai amené les tuyaux au copain. Il m'avait déjà montré un essai fait avec des boîtes de sauce tomate à pizza. Ça avait planté mais bon, c'était le bricolage des boîtes embriquées. Là, avec des tuyaux de poêle à bois, ce sera peut-être différent. Mon copain participe au test de pizzas. Un client arrive au niveau de la dégustation de celle avec de la sauce Barbecue. Il me dit qu'il doit y avoir du Monsanto dans la sauce. Je lui réponds que oui, comme dans le coca et sûrement les tomates venues de Chine qui doivent compléter ma sauce tomate "italienne" vendue à gros volumes. Tiens, Monsanto a commencé au Vietnam en fournissant l'agent orange au américain. On évoque ensemble les constructeurs d'armes devenus respectables: Krupps, BMW, Mercedes. Putain, le business de la guerre, ça rapporte. Il faudrait que je pense à une pizza déshydratée pour mettre dans les paquetages des militaires. Ca serait sans aucun doute dégueulasse mais bon, la ration militaire n'est jamais digne des trois étoiles. En partant, le client me demande si cette pizza déshydratée serait sponsorisée par Monsanto. "Naturellement" et on rigole.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3005
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 32 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 25 Fév 2015, 00:09

Aujourd'hui, j'ai mis en œuvre un projet (qui va encore m'occuper pour un bon moment). Il s'agit d'une envie qui me trottait dans la tête et comme à chaque fois que j'ai une idée, je la mets à exécution, c'est parti. Cette idée est une animation sur ma petite ville de Périgueux. Jusqu'ici, j'ai créé mon association et déjà exposé la chose à un conseiller municipal. Voici en deux mots le projet:

Périgueux est une petite ville où il n'y a pas grand chose l'été. La ville n'est pas active comme peuvent l'être Sarlat ou Brantôme dans le coin. Mon idée est donc de faire une manifestation artistique. Matériellement, cela se concrétiserait en demandant aux commerçants de la ville d'exposer dans leur vitrine, un tableau/ dessin d'un artiste. En contrepartie, l'artiste s'engagerait à venir peindre en ville sur un jour donné. Cette petite animation permettrait ainsi d'animer le centre ville.

Cet aprés midi, avec un ami, nous avons commencé à démarcher les commerçants de la grande rue piétonne commerciale de la ville. L'idée a été bien accueillie quasiment à chaque commerce. Un des arguments mis en avant, était que le commerçant n'avait rien à débourser. A chaque commerce, on apprend des choses. Ici, un vendeur de vêtements nous dit qu'une animation, c'est bien. Surtout que le festival Mimos (festival du mime durant une semaine) ne leur fait aucun retour. Les gens passent avec leur sac à dos et ne rentrent pas dans les magasins. Nous mettons en avant que la manifestation ne garantit aucunement plus de personnes chez lui. Nous faisons l'évènement, après, si des gens viennent, tant mieux. Une commerçante nous donne des adresses d'une dame qui s'occupe de promouvoir des artistes africains. D'ailleurs elle expose un de ses tableaux. Le patron d'une sandwicherie avec une petite vitrine, nous annonce qu'il peint. Pourquoi n'exposerait-il pas ses tableaux chez lui ? Chez une coiffeuse, on tombe sur trois autres commerçantes la tête dans les bigoudis et autres mèches colorées. C'est une bonne idée. Il y a des employés qui apprécient le concept mais il faudra revenir quand les patrons seront revenus de vacances. Des commerçants apprécient mais ne s'engagent pas car ils viennent de vendre leur commerce. A voir avec les nouveaux plus tard. Une commerçante intéressée nous dit que, elle, elle vend des tableaux et qu'il faut qu'elle gagne de l'argent sur la vente des tableaux (elle vend aussi et surtout des vases et autres babioles). L'idée ne lui plaît pas (car on ne garantit pas des ventes), mais elle prend un flyer pour en parler à sa mère. Dans une onglerie, une odeur de produits nous assaille les narines. Comment font les gens pour travailler avec une telle senteur ? En parlant, on comprend que peu de commerçants sont d'accord pour que les peintres viennent le Dimanche. Ouvrir le Dimanche, c'est trop dur pour eux. Le Dimanche, les gens vont ailleurs, à la plage par exemple, et puis, cela a un coût vis à vis des salariés qui sont payés plus etc... A la fin de l’après midi, nous avons fait un tiers de la rue. Du coup, demain, on s'y remet.

A la pizzeria, ce soir, je parle du projet à mes clients. Une dame avec ses petits enfants me dit que son mari avait mis en place ce genre d'exposition à Noisy le Sec. Cela avait bien marché. Les commerçants étaient satisfaits.

Une cliente me parle des dossiers de subventions qu'ils déposent avec son association. Il s'agit d'une demande de bourse pour une intervention dans un quartier "défavorisé". Je lui dis que je connais la galère des dossiers Cerfa (dossiers administratifs qui comme chaque chose ayant trait à l'administration sont une joie à remplir). On échange des aides. Elle connaît toutes celles que je lui propose.

En fin de soirée, un petit voisin vient et frappe à la vitre de ma boutique, en me disant bonjour de la main. Je sors parler avec cette personne importante ayant atteinte les trois ans. Il a un nounours. C'est gentil comme cadeau. Je me débrouille pour qu'il me le donne puis je lui montre mes deux mains fermées. Dans une se trouve le nounours qui naturellement dépasse allègrement. Dans quelle main se trouve sa peluche ? Celle-là. Tu es sûr ? Oui, oui, oui. Ce n'est pas l'autre ? Non, non, non. J'ouvre mes mains et au dernier moment, je fais passer le nounours dans l'autre main. Perdu. Et tu triches. Je lui rends son bien puis on se dit bonne nuit et je repars à mon ménage.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3005
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 32 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 15 Mars 2015, 02:16

Une petite news sur les deux dernières semaines.

Depuis mon dernier message, je n'arrête pas vis à vis du projet de manifestation culturelle. D'abord, ce fut une présentation rapide du projet durant le dernier petit déjeuner des commerçants. Une commerçante lança son désir d'exposer une œuvre de patchwork dans chaque vitrine durant la convention du patchwork qui allait amener 400 participants sur Périgueux. Du coup, mélangé durant la discussion, mon projet d'exposition d' œuvres d'arts dans les vitrines passa au même rang que le patchwork qui a lieu dans les semaines à venir alors que mon projet est pour cet été. A la fin de la réunion, une commerçante vient me voir pour étendre la manifestation à une autre rue (où elle a sa boutique). Une commerçante à qui nous avions présenté le projet à son employée, vient me voir en me disant qu'il faut que cela se fasse.

Au fil du temps, le projet s'affine. En plus de l'exposition, je me dis que ce serait sympa de faire venir des artistes dessiner/ peindre en ville. Au fil des rencontres, je m'aperçois que l'idée est sympa mais dure à mettre en pratique: Certains peintres ont du mal à sortir de leur atelier. En revanche,proposez leur de faire une exposition sur chevalets dehors sur un jour et c'est bingo. Petit à petit, je m' intéresse à la morphologie de Périgueux au niveau des lieux où proposer les activités. Ici sur telle place, je pourrais mettre une exposition temporaire. Là aussi, là aussi, là, sur ce petit décochement en face de cette place bondée de terrasses de café. Outre les places, ce qui est important, est de couvrir le plus d'espace, de guider le spectateur vers des lieux. Les places vont attirer avec les expositions. En revanche, certaines rues se retrouvent hors de ce chemin. En regardant de plus prés, je constate que cette rue est assez large à cet endroit pour y mettre une petite expo avec 4 ou 5 chevalets maximum. En plus, les commerçants souhaitent la rendre piétonne l'été. Là, un autre problème se pose: Cette rue piétonne débouche sur une rue où il est difficilement possible de mettre des chevalets. De plus, entre la fin de la rue et la place la plus proche, une grande partie de la rue côté commerces risque d'être squeezée. Mettre des peintres sur les intersections pourraient être intéressant mais les artistes s'y placeront-ils ?

J'arpente les cours amateurs de dessin et peinture. Je glisse dans une conversation que j'aimerai bien avoir un interlocuteur au niveau de la mairie, quelqu'un qui puisse répondre à certaines de mes interrogations. On me donne le nom d'une chargée de la culture que je vais voir aussitôt. Elle trouve le projet intéressant. En regardant son calendrier, nous convenons d'une date pour les "animations": Le jeudi. Sur ce jour, il n'y a rien sur Périgueux l'été, hormis le soir avec le concours de chansons ayant lieu dans les quartiers. Elle me conseille d'envoyer un courrier pour les besoins matériels et me donne le nom d'une galerie tenue par une association.

Dans certains cours, on m'apprend que le professeur un peintre renommé localement, va arrêter pour des raisons de santé plutôt graves. Petit à petit, me vient l'idée de l'inviter en invité d'honneur de cette première édition. Il ne pourra pas venir mais c'est une manière de le mettre à l'honneur pour tout son travail d'artiste et de formateur d'artistes locaux. Je rencontre la responsable de la Société des Beaux Arts locaux. Elle me donne des conseils. Je dois refaire mes flys pour lui donner. La mairie, cela marche qu'avec courriers envoyés sur courriers envoyés selon elle. Punaise, le courrier ! Mon téléphone sonne: Bonjour, on m'a dit que vous organisiez un évènement sur Périgueux, je suis peintre, pourriez-vous m'en parler. J'explique, re- explique, développe à chaque fois. Le soir en sortant de la pizzeria, j'arpente Périgueux avec un mètre en mesurant les places. Ici, il faudra que je demande une tonnelle de tant sur tant pour tel jour.

Cet aprés midi, je me perds pour aller voir une peintre. Pourquoi est-ce que les artistes habitent toujours dans des lieux perdus à l'écart ? Coup de chance, elle a appelé une grande partie des membres de l'association où elle peint. Ils trouvent l'idée bonne. Il n'y a rien pour exposer sur Périgueux. Au fait, quand y aura t-il une réunion avec tout le monde ? Dans ma tête, je suis comme Homer Simpson qui se tape la tête. Fin Mai. Il faudra du coup que j'aille enregistrer l'asso auprès de la Mairie et réserver une salle. Sur un post-it, je griffonne "Inviter les artistes et les commerçants". On me souligne que tout le monde n'a pas des chevalets pour l'exposition. Je me renseigne pour acheter des chevalets: Des petits pour l'intérieur des boutiques, des grands pour les expos en extérieur. J'estime le nombre de chevalets. Pour cela, je fais la liste des boutiques du centre ville et calcule le nombre de grands possibles selon la dispositions des endroits. Je me renseigne aux niveau prix sur le net, dans une boutique. Il va falloir convaincre la mairie d'investir une somme conséquente, chose loin d'être gagnée. Je cogite dans ma tête aux arguments à mettre en avant pour convaincre. Et si ils ne donnent rien, comment faire ? D'autant plus que les budgets ont déjà été votés. Ils ont toujours des fonds de secours mais ... Je songe au financement participatif. On y demande des récompenses par pallier. Qu'est-ce que je pourrais trouver comme récompense ? Et si je demandais au maire et à ses conseillers de poser en slip sur une photo donnée en cas de gros financement ? Arrête de rêver, Kim. Ce serait quand même rigolo ...

Je finis les premiers courriers. Je suis crevé. Je me suis embarqué dans une drôle d'histoire. J'ai le sentiment d'être en train d'escalader une énorme montagne et chaque rocher sur lequel je pose le pied, j'ai envie d'aller plus loin. Et ce même si à chaque fois, de nouvelles difficultés surgissent. Prochaine étape: Mettre des Cafésaliens dans la manifestation.

Kim

PS: Je vous passe les problèmes inhérents à la pizzeria comme mon bilan comptable, ma ceinture serrée sur les mois qui viennent, ma carte à refaire et cette putain de fuite à réparer dans les toilettes.
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3005
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 32 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 23 Mars 2015, 00:09

Cette semaine, en plus de la pizzeria, j'ai bossé sur le projet d'évènementiel. Petit à petit, les choses se précisent. Lundi, je pose à la mairie un dossier présentant la manifestation avec une estimation des besoins, notamment l'achat de chevalets pour que les artistes puissent faire leur exposition temporaire. Toutefois, la somme finale est conséquente. Je crois l'adjointe à la culture et la responsable de la culture dans un couloir. En gros, la réponse rapide est "Démerdez vous pour trouver les sous en cherchant du côté des artistes et des commerçants". Cette réponse me met au fond. Aucun commerçant n'acceptera de payer. Si je mets en place une "quête", si un commerçant donne quelque chose et que son voisin refuse, tous les deux profiteront de la manifestation. Mais pas au même prix. Faire payer les artistes sur une première édition, c'est risquer de couler son évènement. Mon moral alterne entre colère et désespoir. Un client peintre passe à la pizzeria et me dit que trouver des chevalets n'est pas dérangeant. Je décide d'aller voir les commerçants. Un copain m'aide en mettant en forme ce que je vais leur proposer. Il vient me filer un coup de main sur place.

Du coup, pendant quatre jours, nous alternons les passages chez les commerçants. Dans la grande rue piétonne de Périgueux, nous passons voir une seconde fois les commerçants pour leur proposer d'exposer une oeuvre d'art dans leur vitrine. J'ai avec moi un petit chevalet pour donner un exemple de taille. Sur la cinquantaine de magasins, deux refus et une dizaine où il faut repasser. Autrement, que du bonheur avec une petite signature pour la forme. Je reviens dans un magasin de jeux vidéos d'occasion. Tous les magasins autour ont signés. Là, le gérant, s'occupant de plusieurs magasins, m'écoute d'une oreille distraite avant de me répondre que non, il ne peut pas car sa vitrine est petite et il est franchisé. Je lui réponds que je peux écrire à sa franchise et lui demande un email où écrire. Vous le trouverez sur le net, me lâche t-il. Ailleurs, un commerçant signe car en plus, il a vu les noms d'autres de ses copains sur la liste.

Je passe chez un encadreur. Ce dernier est un ancien président de l'association des commerçants. Il a organisé plusieurs manifestations. Face à mon problème de chevalets, il me donne la solution: Les artistes amènent les chevalets, l'organisation ne fournit rien. Pourquoi ? Parce que si un gamin renverse un chevalet et se fait mal, à qui appartient le chevalet ? A l'asso. Donc l'asso est responsable. Si le chevalet n'est pas fourni par l'asso et si cette dernière fait signer à l'artiste une décharge, l'asso ne risque rien. Pour lui, il faut se méfier des artistes et des commerçants. Si aucun document désengageant l'asso n'est signé, en cas de problème, cela va être pour ma pomme. Et ce qu'il peut y avoir à payer sera sur mes biens. Donc ... Message reçu et problème réglé du coup. Avant de partir, nous dissertons sur les joies du travail. On ne travaille pas que pour gagner sa vie mais par plaisir aussi. Il a passé l'âge de la retraite, pourtant, il continue de travailler car il aime son boulot. Son beau-frére avait manifesté contre le recul de la retraite, puis quand il l'a prise, il s'emmerdait tellement qu'il a finalement repris un mi-temps. Le travail, c'est aussi sa vie sociale, son intégration dans la société quelque part.

Ailleurs, un restaurateur qui a aidé à monter une galerie me répète qu'il faut des peintres qui peignent sur la manifestation. Je lui rétorque que je ne sais pas si j'en aurai. Il insiste et à la fin, on se quitte avec l'idée que lui, il en trouvera pour sa place.

Ce Dimanche, pour me changer les idées, je pars voir le décompte du premier tour des élections. Pour ceux qui n'ont jamais assisté à un décompte, c'est assez interessant. Les gens comptent et recomptent. Ici, les émargements, ici les bulletins. On reprend depuis le début quand les chiffres ne correspondent pas, le nombre de bulletin primant avant tout. Puis on dépouille. Une personne ouvre les enveloppes une à une. Une autre annonce la nature du bulletin. Deux personnes notent séparément le comptage sur deux feuilles différentes. Une double vérification synchro en quelque sorte. Parfois, arrive un probléme: un bulletin blanc. Il faut toutefois qu'il aie la taille requise autrement, il est compté comme nul. Pareil quand le bulletin est déchiré ou quand il y a deux bulletins différents. Quand l'électeur a glissé deux fois le même bulletin, on considère toutefois le vote comme valable. Tout est fait en accord en chaque personne. Autour des gens qui dépouillent, des curieux, politiques la plupart du temps. Dans un coin, les candidats du Front National - Je me fais la réflexion que la candidate est allée chez le coiffeur par rapport à sa photo sur les affiches -, le maire de Périgueux qui n'est pas anxieux car il ne se présente pas mais qui arpente toutefois les bureaux de votes, le candidat du Front de gauche avec sa belle écharpe. Une curiosité du dépouillement tient au fait que les votes arrivent par vague. 4 bulletins UMP succédent à 3 bulletins socialistes à 3 frontistes etc... On pourrait presque déterminer les familles rien qu'au dépouillement. A la fin, les chiffres du bureau sont écrits à la craie sur un tableau. Certains candidats font plus de 12,5% des votes mais ils ne seront pas au second tour car il faut 12,5% du total des inscrits, pas des votants. Faire 12,5% quand l'abstention est proche de 50%, revient à faire 25% au final.

Je rentre chez moi. La télé égraine des chiffres au niveau national. Je me demande combien de "volontaires" ont surveillés les scrutins en tout dans tous les bureaux de vote de France et de Navarre. Un beau chiffre, garant de la démocratie à n'en pas douter.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3005
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 32 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 05 Avr 2015, 00:44

Dans ce sujet, on parle de ce qu'on vit, ces petites choses qui concernent notre petit cercle quotidien mais il est une chose que l'on évoque rarement: les souvenirs. Je me dis qu'il peut être intéressant de les évoquer.

Quand j'étais petit, il y avait une chose dont j'étais fier: mon côté vietnamien. Mon grand père était un ancien architecte trés riche, devenu même à un moment ministre d'un gouvernement et qui du jour au lendemain, avait dû, comme bon nombre de ses compatriotes, fuir le Vietnam au lendemain de la victoire des communistes. Mon père venait d'obtenir son diplôme de médecine et avait rencontré ma mère. Quand mon grand père arriva en France, aprés quelques temps chez mes autres tantes, venues aussi au pays de Voltaire, il passa quelques temps chez mes autres grands parents, de braves paysans lotois. Là, il s'épanouit, aidant mon autre grand père aux travaux des champs entre autre, tant et si bien qu'à sa mort, il demanda à être enterré dans ce petit village perdu au milieu des Causses.

Il y eut une période où mon grand-père vécut aussi dans ma famille à Périgueux. A l'époque, je devais avoir dans les cinq ans alors que lui flirtait avec les quatre vingt ans ans. Il arborait une moustache blanche, me prenait sur ses genoux et me faisait sauter en disant "huc huc". Il avait une drôle d'odeur, assez caractéristique, venant peut-être de ce baume qu'il se mettait de temps en temps. Il me parlait en vietnamien et moi qui n'en ai jamais parlé un mot, je ne comprenais pas. Dans sa chambre, était accroché un chapeau chinois, un chapeau de paysan. Quand on pense chapeau chinois, l'image d'un chapeau conique apparaît aussitôt. Ce chapeau toutefois, n'était pas conique. C'était un chapeau plat en osier avec un renfoncement pour la tête. Il y avait des tensions entre mon grand-père et ma mère. Mon grand-père pensait encore comme au Vietnam. Pour lui, la journée commençait avec une soupe de riz au petit déjeuner. Ma mère n'était pas trop pour faire la soupe tous les jours et moi aussi, habitué au nesquick et autres tartines beurrés, avoir de la soupe ne m'enchantait pas. Cette période fut la seule où se trouvait dans la maison des sacs de 25 kilos de riz. Ensuite mon grand-père partit en maison de retraite, encore dans le Lot.

A ce moment, j'avais atteint les 8-9 ans et chaque fois que nous allions le visiter, avec mes soeurs, nous n'étions pas trés enthousiastes. On s'ennuyait avec le grand-père. Parfois, nous allions marcher un peu avec lui. A cette époque, mon grand-père sympathisa avec une dame en maison comme lui. On disait en souriant qu'il avait une "amoureuse" mais quand on a passé les quatre-vingt ans, les rapports homme-femme ne sont les mêmes qu'à vingt ans. Puis son état se dégrada et on dû le changer de maison de retraite. La suivante, était un mouroir. Quand on marchait dans les couloirs, on entendait des gens chanter. Certains déambulaient en chemise de nuit sale. Il faisait froid aussi. Mon grand-père était persuadé qu'il s'agissait là, du meilleur endroit, aussi, refusa t-il qu'on le place ailleurs. Il ne marchait plus et commençait à avoir des escarres. "C'est quoi Papa un escarre ?" ai-je un jour murmuré. On m'a expliqué que c'était la chair qui pourrissait quand on ne bougeait pas. Cette simple idée me hanta durant quelques nuits. Je m'agitais, remuant mes jambes sous les draps, craignant que si je ne m'arrête, ma chair à moi ne commence à pourrir. Puis mon grand-père mourut. Il ne représentait pas entièrement mon rapport à la culture vietnamienne, mais une partie très personnelle.

J'ai plusieurs souvenirs de mes autres grand-parents français allant de la tourte que tranchait chaque jour mon grand-père, du traditionnel jeu des mille francs passant chaque midi pendant le repas, au chabrot (du vin dans le fond de soupe chaude) ou aux crèches vivantes de Noël du village où une année, j'incarnais un ange, une autre Joseph, une autre un roi mage. Mais étrangement, ce papy "huc huc" reste à part. Il est possible que la cause soit le Vietnam, ce pays dont j'ai des bribes de culture mais qui reste un ailleurs pour moi.

Pourquoi est-ce que je parle de souvenirs aujourd'hui ? Tout simplement parce que je vais probablement les perdre, avoir un alzheimer un jour. En effet, dans les médicaments que je prends pour soigner ma bipolarité, il y en a un qui favorise cette maladie. C'est un endormisseur qui crée une certaine addiction. A un moment, j'avais des pertes de mémoire. Je m'endormais sur un livre. Quand je me réveillais, le livre était ouvert et marqué à l'endroit où je m'étais arrêté mais je ne me souvenais plus du tout du dernier chapitre que j'avais lu. Cela eut lieu aussi devant des films ou des séries. J'ai commencé à réduire ce médicament mais arrivé à un certain stade, il est difficile de réduire progressivement le traitement. Alors, je continue de le prendre à faible dose en sachant que peut-être, une partie de mes souvenirs disparaitront. En mettre ici par écrit, constitue un moyen d'en garder éventuellement une trace.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3005
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 32 fois
a été noté: 34 fois

PrécédentSuivant

Retour vers Poubelle



Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité