3615 Ma vie

tous les sujets inutiles, inclassables, etc.

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 30 Avr 2014, 01:48

Parlons festival de jeux.

Comme je l'ai dit précédemment, j'organise un festival de jeux avec mon asso cette année. En début d'année, il y a avait tout un tas de dossiers de demande de subventions à remplir. C'est quelque chose d'assez fastidieux, notamment quand il s'agit de remplir des petites cases de comptabilité et qu'on est affolé car on ne parle pas le langage des comptables. Quand on connaît quelqu'un qui travaille dans les nombres et qui vous explique le côté administratif et mécanique de la chose, cela va plus vite.

Remplir ces dossiers demande aussi une disponibilité. Cela s'illustre par exemple quand il faut amener des pièces complémentaires à un endroit où clairement, on vous dit qu'en fait, il ne faudra pas compter sur une subvention de l' organisme car c'est une première et qu'il n'y a pas de chiffres (entendons la fréquentation). Mais on vous ajoute que plus tard, quand le dossier se représente, il y a plus de chances que cela tombe l'année suivante (on oublie de parler de chiffres alors). Et on vous conseille d'inviter les élus. Cela joue toujours.

Être disponible, c'est aussi être prêt à donner un exemplaire du dossier en urgence et dans des situations pas toujours drôles. "Allo, vous pouvez me redonner un exemplaire du dossier de subventions ? Nous avons perdu le votre et il passe en commission demain matin. Ah oui, je débauche dans une heure et demie, si vous pouvez me l'apporter avant." Quand vous êtes chez le garagiste sous votre voiture dans la zone à 4 kilomètres de l'organisme et que vous ne savez même pas si vous avez chez vous un double du dossier de 16 pages, vous respirez un bon coup, appelez un taxi, fouillez comme un malade vos papiers pour amener une copie du dossier qu'entre temps ils ont retrouvé.

Toutefois, quand deux organismes vous annonce que vous avez 1500 et 1000 € soit 2500€ au total d'aides, alors vous soufflez et vous vous dîtes que finalement, cela valait le coup. Faire des animations gratos pour la ville, sourire aux élus, oui, cela paie.

Il y a aussi les coups de pouce du privé. Enfin parfois. Ce dimanche, j'avais fermé ma pizzeria pour faire une animation durant le championnat de France des moins de 18 ans de scrabble. Cette animation avait surtout pour but de créer plus de lien avec l'association de scrabble de Périgueux. Vous êtes présent quand ils ont besoin de vous, ils viendront à votre festival. En parlant avec un des organisateurs de cette asso, j'apprends qu'ils ont été aidé par une compagnie d'assurance. Néanmoins, c'était assez relatif: une centaine d'euros, des broutilles type des portes clés en lots et surtout tout un tas de panneaux PLV qu'ils étaient eux-mêmes venus mettre dans le gymnase. Attention, pas un panneau, plutôt trois quatre.

Maintenant que les sous ont commencé à tomber, je déstresse pour le budget. Mais le poste le plus important de dépenses demeure les trois cons de la sécurité qui vont se promener durant le festival et intervenir dés fois que quelqu'un s'évanouisse ou s'étouffe. Les prendre au black coûte moins cher mais en cas de pépin ... Passer par un organisme officiel coûte un bras. Heureusement que des institutions croient dans le projet.

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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 20 Mai 2014, 16:22

Petite chronique sur la pizzeria et le post-psy (et oui, les deux combos).

Une des choses étonnantes quand on a été en psychiatrie et qu'on a ouvert son commerce, est la façon dont on a réussi. On devient soudain pour certains, un symbole de réussite. On a son boulot, on ne dépend plus de personne, on s'en est sorti. On est victorieux. C'est une chose étrange car au fond, qu'ai-je vaincu ? La maladie ? Non, elle est toujours là. La seule chose que je fais est de la soigner au quotidien. L'indépendance ? C'est une illusion car on dépend toujours de quelque chose: du loyer à payer, des charges, des impôts ... Je peux ne pas ouvrir, faire ce que je veux mais derrière, je devrai en assumer les conséquences. Je vais illustrer cette vision de la réussite par trois exemples.

Le premier est un joueur présent dans une des nombreuses associations ludiques que je fréquente. Il arrête le jeu. Je lui rachète quelques affaires et il passe à la pizzeria. Avec son père. La présence de la famille est souvent une des grandes caractéristiques d'une personne malade. Les proches s'inquiètent donc, ils entourent le patient de façon protectrice. Nous parlons donc. Jeu puis cela dévie. Pourquoi arrête t-il ? Car il ne se sent pas bien. Il ne veut plus traverser la vile (il n'a pas le permis) à cause de types. Il n'a pas de travail et n'est pas apte à travailler selon les personnes qu'il consulte. Il va mieux toutefois car il a rencontré une fille. Je lui demande s'il est en couple mais non. Il est allé à la banque retirer des sous en étant un peu dans les vapes. Là, une fille lui sourit. Il parle un peu avec elle, fait quelques vannes puis ils se séparent sans avoir pris aucune coordonnées. Trois jours après, il achète une rose et se ballade avec en espérant revoir la fille. Le problème, c'est qu'il ne sait plus comment elle est, ni quel est son âge exactement. La seule chose qu'il lui reste est une sensation de bien être sur cette rencontre. Je lui dis de faire attention car dés que l'effet sera estompé, il risque de descendre brusquement et je lui cite une partie de mon expérience. Il en est conscient. Il est un peu surpris que je lui parle ainsi car pour lui, j'ai réussi. J'ai fait des choses qu'il ne peut pas faire comme m'occuper d'une association, gérer un commerce au quotidien. Je vais lui répondre quand le téléphone sonne. Une commande durant laquelle, il s'éclipse. Comme pour ne pas gêner.

Autre exemple, un gars avec qui j'étais en hôpital psychiatrique. Il passe de temps en temps pour me dire le bonjour. Toujours en souriant. Deux trois banalités d'échangées pas plus. L'autre jour, il me demande si je fais toujours de la BD. Quand j'étais en psy, j'avais raconté mon séjour de façon trés rudimentaire en rough avec des bonhommes. Comme d'autres, il l'avait vu et en partie lu. Cela l'avait marqué. Je lui réponds que j'en fais toujours un peu. Il est heureux. Il a commencé à s'y mettre à faire des bonhommes comme je faisais à l'époque. Il arrive à faire du mouvement même pas mal. Suit-il des cours de dessins ? Non. Je lui conseille de faire un flip book pour "animer". C'est une bonne idée à laquelle il n'avait pas pensé. Il me donne son numéro de téléphone pour qu'on se voit. J'enregistre le numéro parmi la masse des autres identifiants téléphoniques de mon portable. Des fois que ...

Pour finir, une femme également en psy. Quand nous nous croisions, nous nous disions bonjour et quelques politesses. Ce soir, elle passe à la pizzeria. Comme c'est un soir calme, il n'y a personne. Aujourd'hui, elle fête son anniversaire. Elle a cinquante deux ans. Elle rentre de chez sa tante qui lui a offert une bouteille de champagne. Elle m'en propose. Pour l'occasion, j'accepte d' en prendre un fond dans un gobelet. Nous parlons. Elle a un peu bu avant. Un whisky avec une copine. D'habitude, elle ne boit pas, mais là, c'était pour marquer le coup. Elle me demande si j'ai quelqu'un actuellement. Elle, elle est célibataire. Le gars avec qui je l'avais croisé était un con, un type qui a arnaqué et sa mère et sa tante. Il est à la police. Et elle se ressert du champagne. Tu en reveux ? Non, d'ailleurs, je n'ai pas fini mon fond. Je l'écoute tout en essuyant ma vaisselle. Son père est mort il y a peu. Ça l'a marqué. Mais plus encore, c'est ce que sa mère lui a demandé de faire dans la journée: Démonter l'armoire dans la chambre de son père. Cela lui a pris tout son temps. Elle avait du mal. L'émotion. Son gobelet se remplit. Elle téléphone à sa mère. Sa voix est forte. Elle crie un peu après sa mère. Elle va bien. Elle arrive, elle est avec un copain de psy. Elle me passe le téléphone. Je dis à sa mère qui je suis. J'ajoute qu'elle a bu un peu. Sa mère s'en doute à la voix. Elle me demande de la ramener. Je lui explique que je ne peux le faire immédiatement car j'ai un magasin. Fin de la conversation. La fille m' incendie. Pourquoi ai-je dit qu'elle avait un peu bu ? Je n'aurais pas dû. Une mère, il faut la rassurer. Je devrais le savoir, j'ai été en psy. Et puis elle, elle va bien, c'est sûr. Et le verre se remplit, plus qu'avant. Elle me reparle de l'armoire. Pourquoi est-ce que cela a été à elle de la démonter ? Elle a sept frères, elle est la seule fille et pourtant, c'est à elle qu'on demande de démonter l'armoire. Ce n'est pas juste. Elle en a parlé à sa psy qui lui a dit que ce n'était pas de sa faute. Elle veut appeler son frère qui est en vacances au Portugal. Je la dissuade. Comme le verre se remplit encore, je décide d'appeler la police pour la raccompagner. Elle me demande qui j'appelle. Les urgences ? Vas-y. J'ai la police. Je leur indique mon adresse et leur dis que j'ai une cliente qui a un peu fêté son anniversaire. Ils comprennent. Elle aussi. Elle me jette son champagne à la figure. Elle prend sa bouteille et veut partir. Je tente de l'empêcher de partir, conscient que si il arrive un pépin, j'en suis responsable. Elle crie. Je ne sais pas si vous avez déjà tenté d'empêcher une personne saoule de passer mais c'est dernière ont énormément de force. Elle part. elle hurle que je n'aurais jamais dû faire ça. Surtout que j'ai été en psy. Une voisine sort. J'explique la situation à la voisine pendant que la piccolo remonte une petite rue. Vous ne pourriez pas la suivre, le temps que la police arrive ? Non. Elle est dangereuse, elle a une bouteille, on ne sait pas ce qu'elle pourrait faire. Même à cent mètres de distance. Je rappelle la police, leur explique le peu que j'ai vu de l'itinéraire qu'elle a pris. Comme elle a oublié sa veste, dés que j'ai fermé, je pars au commissariat. Ils prennent mon nom, mon adresse, notent "une cliente passablement éméchée" comme je leur ai déclaré mais rien sur le prénom, l'âge ou la rue où habite la mère de la femme. Le vêtement finit aux objets trouvés. Affaire classée ? On verra la prochaine fois que je la croiserai.

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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 23 Mai 2014, 15:28

Ah les joies de la communication ...

Hier, je vais à une réunion "pizzas". Tous les deux ans, sur Périgueux, se tient le "Salon du Livre Gourmand", salon sur le livre de cuisine. Cette année, les gens qui l'organisent (une asso qui organise les gros évènements de Périgueux (le festival du Mime, le concert de jazz un jour par semaine l'été ou le concours musical local), a eu l'idée d'organiser un concours de pizzas entre les pizzaïolos de Périgueux. Un des membres de l'association était venu me voir et m'avait soumis l'idée contre laquelle, j'avais émis plusieurs réserves: Un concours, c'est chouette sauf qu' aprés, il y aura le gagnant et tous les autres seront des loosers. Annoncez dans la presse, que Machin a fini premier d'un concours, Bidule et Truc deuxième et troisième, et tout le monde ira chez Machin, pas chez les autres. Ces réserves, je les avais exprimé sur la mailing-list globale annonçant la réunion.

Je suis donc à cette réunion. Nous sommes 4 exactement. Le gars en charge de l'association, brushing et costard impeccable avec sourire ultra-bright, nous accueille. Comme son apparence pourrait le laisser supposer, c'est un commercial, le genre qui vous lance une suite d'argument ininterrompue façon gars d'un centre d'appel vous proposant de faire des économies d'énergies (ou un truc dans le genre). La différence tient au débit moins rapide et aux mots qu'il case. "Sur la précédente édition, le salon a accueilli 20.000 visiteurs avec 80% de locaux. (Périgueux pour info a 30.000 habitants et 80% de 20.000 fait 16.000 personnes ", "Les professionnels présents sur place ont fait un chiffre de ventes à quatre chiffres et les ont pressé pour revenir cette année.", "Nous sommes le salon culinaire le plus vieux de France (25 ans) surtout au niveau du livre de cuisine (ils ne sont que deux en France)" etc ... Et de continuer sur les courant de la "Slow Food", "Street Food" etc. Dans ma tête, je me dis qu'il a juste oublié de parler d'Elmer Food, le copain de Bugs Bunny. Il a la réponse quand je lui demande ce qu'il en est du salon culinaire de Bordeaux (avec une partie livre de cuisine) qui était annoncé aux mêmes dates. La Chambre de Commerce de Périgueux (et d'autres institutions locales) en contact avec la Chambre de commerce de Bordeaux, ont réussi à le faire déplacer une semaine après et à lui faire oublié le côté livre de cuisine. Bref, du Game of Thrones façon salon culinaire.

Sur ce salon, on privilégie les producteurs locaux. L'an dernier, il y en avait tout un paquet. Les stands semblent être gratuits dans ce qu'il dit. Une idée m'effleure: Si il y a des gars qui vantent leurs produits locaux, il reste quelle place pour les auteurs de bouquins et quelle est la différence avec un salon culinaire basique. Pour le concours de pizzas, la question que j'ai soulevé lui a posé des nuits blanches. Je me souviens de ce pauvre client qui me devais 12€ et qui était venu 4 mois plus tard me les régler en me disant qu'il y avait pensé chaque nuit avant. Je dois avoir un don pour ne pas faire dormir. Il a trouvé toutefois la solution. Il y aura trois vainqueurs: le premier gagnera 35 pizzas à faire pour l'organisation, le second 25 et le troisième 15. Le collègue pizzaïolo qui a fini 3eme au championnats de France et dans les dix premiers aux championnats du Monde, dit que c'est une bonne idée et qu'il viendra pour le plaisir de participer. Il voit cela comme une animation du salon. Le commercial ajoute cette expression magique "Cela permettra de faire le buzz" pour tous les participants.

Le concours aura lieu le Vendredi de 10h à 11h du matin afin de ne pas perturber les pizzaïolos dans leur travail. Cette date est bien choisie car l'affluence sera maximale à n'en pas douter à cette heure. Ce n'est pas comme si la plupart des gens bossaient à cette heure. On se met d'accord sur les modalités (à savoir un four à pizza et des plans de travail fournis par un partenaire. Le prix des pizzas achetés est à 10€ pièce (c'est un partenariat). Et pour finir, il n'oublie pas de rappeler qu'il y a aura un espace de 4m sur 4m à louer pour 1 pizzaïolo. 450 € sur trois jours mais il y aura beaucoup de personnes qui vont passer (Pensez donc 20.000 visiteurs et le max de pub fait par le concours au début). Le salon ferme à 19h. Donc on ne pourra pas faire de pizzas après 19h mais le nombre de personnes commandant des pizzas avant, demeure considérable. Je sens d'avance la horde de clients affamés débarquant entre 15 heures et 19h00. On demande si les frigos et plans de travail seront sur place. Non, il n'y aura que le four (le four du concours). Le reste, il faut l'amener. C'est un stand commercial comme les autres. Il est vrai que toutes les pizzerias ont au moins des frigos en double. Malgré tout, j'ai décidé de participer au concours. Sérieusement mais en refusant de faire les pizzas si je finis à une quelconque place. Le seul intérêt que j'ai dans ce concours, c'est de me faire plaisir et de me lâcher.

Pour en revenir à la com, j'ai enfin changé ma carte à pizza. J'ai dû refaire à l'arrache les textes de la BD car ces derniers étaient illisibles à l'impression.

Image

Mais le plus important, c'est que je me suis lâché sur les noms de certaines pizzas. Les noms de pizzas sont toujours des noms à la con: Genre la "Tatata" (prenez une ville (souvent italienne), une région ou un concept (genre cannibale pour une pizza avec de la viande hachée)). La liste des ingrédients est toujours la même. C'est un truc tout con mais je me suis dit qu'il y a avait un potentiel en terme de com à exploiter dans ce truc trés basique et cela donne cela:

Pizza Geek
Tomates Lannister, mozzarella Spidey, champignons Enterprise, jambon Godzilla, oignons Précieux, origan Gygax, olives bazinga, cuisson programmée Wozniak à température Kaméhaméha, Boîte Shrödinger.

ou

Pizza Jeux Vidéos
Tomates Finish Him, mozzarella au lait de Chocobo, champignons 1 up, viande hachée chassée façon Call Of, aubergines Azeroth, olives pac-gomme, origan Link, cuisson électrique Blanka, boîte Minecraft, à venir chercher en mode Solid Snake.

Et la petite dernière:

Pizza Zlatan
Zlatan, Zlatan, Zlatan, Zlatan, Zlatan, Zlatan, Zlatan. Prix: inestimable.

Et précisé sur la carte: Zlatan est le meilleur ingrédient au monde.

voilà,

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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 26 Août 2014, 15:31

Hier, j'ai eu un sale impression avec des clients. Quelque chose de suspect. Contrairement à la plupart des lundis, jours généralement creux, hier, j'ai trés bien bossé. A un moment de la soirée, arrivent trois personnes: un gamin d'une dizaine d'années, le père et un ami entre dans la début de quarantaine. Ils se présentent comme des touristes parisiens qui ont une location à Marsac, soit à l'autre bout de Périgueux. En gros, ils ont traversé la ville pour aller dans une pizzeria à emporter qui ne fait pas de livraison. Ils me posent des questions; Question boulot: Pourquoi j'utilise de la mozzarella ? Je suis patron ? J'ai des employés ? Je fais combien de pizzas par jour ? Je lui réponds que je suis patron et que je fais entre 15 et 20 pizzas en moyenne. Un bon client, on se salue. Là, soudain, la conversation avec ces "parisiens", prend un autre tour: Il y a des manouches dans le coin ? Que pensez vous des manouches ? De quoi vivent ces gens ? Difficile à dire. Du boulot au noir selon mon client. Et les questions "manouches" reviennent quasi-systématiquement. Il y a des manouches sur Périgueux mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, ils ne voyagent pas trop, ils ont achetés des terrains. Après, il y en a qui voyagent. Un de mes client qui bosse dans la sécurité, m'a dit qu'il avait beaucoup plus de boulot quand des "nomades" étaient dans le coin. On a désossé deux poids lourds dans une entreprise il n'y a pas longtemps de cela. On ne dit pas qu'il s'agit de manouches mais des gens du voyage se trouvaient dans le coin la veille. Et le mot manouche revient. Des clients du tennis clubs viennent me prendre des pizzas entendent la conversation. Les "parisiens" partent. A peine sortis, un quatre quatre ralentit, les klaxonne et les salue de la main. J'ai une drôle d'impression.J'en parle à mon client. Il a le même sentiment. Cette insistance "manouche" l'a gêné. Plus tard, les gens du tennis club viennent prendre leur pizzas. Nous en parlons. Pour eux, c'était des manouches. D'ailleurs, ils sont partis en porsche. Sitôt mon dernier client parti, je verrouille ma porte le temps de mon ménage. On ne sait jamais. Je pars après le boulot au commissariat. Juste pour évoquer cet évènement. Le policier de service m'informe que des manouches viennent d'arriver en fait pas de l'autre côté de Périgueux mais pas trés loin. Il me conseille de faire attention si on vient me poser d'autres questions de ce genre, de relever les plaques d'immatriculation mais aussi à ne pas hésiter à venir déposer une main courante. Il va signaler ce fait aux patrouilles, histoire qu'elles soient plus vigilantes prés de mon commerce.

Personnellement, j'ai un peu peur. Pas que l'on braque mon commerce mais plutôt qu'on me pique du matériel comme mon pétrin ou ma chambre de pousse. Je crains un peu moins pour mon four de 250 kilos et mon marbre de 400 kilos. Mine de rien, mon commerce en périphérie est assez isolé la nuit (aucun autre commerce ouvert le soir sur le boulevard). Donc ...

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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 09 Oct 2014, 22:36

Je m'entraine pour les sélections du championnats de France de pizza, dans dix jours à Bordeaux.

Voilà voilà ...
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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 20 Oct 2014, 23:25

Je déteste ces veilles de concours.

Demain, je ferme la pizzeria pour participer aux sélections du championnats de France de pizza. Même si cette année, j'y vais pour faire le show déguisé en Dark Vador, je ne peux m'empêcher d'être anxieux. Demain, je vois les copains avec qui je pars là-bas. Il faut qu'on mette au point la "chorégraphie" (le "je t'étouffe" façon Dark Vador dans le premier film et le coupage de pizza au sabre laser).

Et outre les questions matérielles (comme les tables à prendre, la gestion de la glacière, de la musique etc.), toujours les hésitations sur la pizza. Ma pizza est-elle prête ? Comment je pourrais l'améliorer ? Est-ce que je ne vais pas trop me planter quand je vais faire ma pizza avec le casque de Dark Vador qui réduit considérablement mon champ de vue ? Avec les épaulières et toutes les autres pièces plastiques qui modifient mon amplitude de mouvement ?

Je me sens comme un comédien avant le lever du rideau. Et toutes les réponses viendront lors de la prestation, pas avant.

En attendant, côté com, 3 articles et une interview radio avant l'évènement, ce n'est pas si mal.

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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 31 Oct 2014, 23:51

Aujourd'hui Halloween et des vampires, et des squelettes, et des sorcières qui viennent chercher des pizzas ... Pardon, des bonbons. Le kilo et demi de fraises Tagada disparaît rapidement. J'accompagne même quelques fantômes chez la voisine, la mamie d'à côté. Étrangement, elle donne des sucreries aux enfants mais pas au pizzaïolo. Je ne dois pas faire assez peur.

Un client ensuite. D'habitude, il est couvert de la tête au pieds quand le froid arrive. Là, non. Il fait encore chaud, même si le froid tombe rapidement. Nous parlons des fêtes, de ce qui ressemble à Halloween en Allemagne, dans le Nord ... Cela me fait penser cette fête des nègres qu'on célèbre aux Pays Bas. Et la conversation dévie sur l'esclavage. Le client m'apprend que l'esclavage n'a pas été aboli au même moment dans les DOM TOM. J'ose le fait que cela est peut-être dû aux transports, au temps que la nouvelle se répande. Il me répond que non. Il m'apprend que l'esclavage avait été aboli sous la révolution mais que Napoléon l'avait rétabli hors de France pour des raisons à l'époque économique. On parle ensuite de la Réunion, la Guadeloupe et la Martinique et des différences d'intégration dans ces trois îles.

Plus tard, une cliente quasi quadra. Une mère célibataire qui vient de se trouver un copain, plus vieux qu'elle et c'est le bonheur depuis un mois. Comme nous nous connaissons bien, je lâche une blague sur les masochistes et là, elle me confie qu'elle est sortie avec un masochiste. Elle l'avait rencontré via un site de rencontre, un homme qui se présentait comme un peu coquin. Ils sortent ensemble et arrivés dans le lit, le gars lui demande de le fesser. Elle est gênée car ce n'est pas son trip. Alors, sans trop savoir comment faire, elle lui donne un coup, deux coups puis elle s'excuse car non, elle ne peut vraiment pas. Nous en rions tout le long.

Pour finir, trois jeunes. Leurs yeux sont éclatés. L'un porte un t-shirt pro-cannabis. Les trois sont un petit peu au ralenti ayant un peu forcé sur les herbes de Provence. Ils commandent des pizzas. L'un d'eux veut une bouteille d'oasis qu'il sort du frigo. Son copain lui sort qu'un coca s'est mieux. Mais non, il veut de l'oasis. L'autre lui dit que l'oasis va mal avec le whisky. Tergiversations. La bouteille d'oasis est remplacée par du coca. Le gars avec le t-shirt paie tout. Il incite celui qui aime l'oasis à prendre finalement une bouteille en plus. L'autre ne veut pas. Il lui doit déjà trois euros et trois euros de plus (le prix de la bouteille), c'est trop. Ils s'en vont avec les pizzas vers une fête ailleurs où il y a du whisky. Et en bon invités, ils amènent le coca, pas l'oasis. Quoi que cela passe peut-être bien le whisky-oasis. Faut voir.

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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 30 Nov 2014, 03:31

Depuis deux semaines, j'ai un stagiaire. Le stage est prévu pour un mois et pour l'instant, je n'ai pas trop à m'en plaindre. Il est toujours à l'heure, il travaille. Ce stage est dans le cadre de ses études: Un CAP pour devenir agent de restauration collective. En deux mots, un type qui bosse dans une cantine. Quel est le rapport entre la pizza et une cantine ? Rien hormis le fait qu'il doive faire un stage dans de la restauration rapide. Et la pizza, c'est de la restauration rapide.

D' entrée, je lui ai fixé l'objectif du stage: A la fin, il devra me faire une pizza originale. Une création. Le truc qu'on ne demande pas trop dans les cantines. Pour l'aider, je lui ai imposé un ingrédient: le citron noir séché, chose qu'il ne connaît absolument pas.

La première semaine, je lui ai montré les bases de la pizza: étaler la pâte, faire une pizza, faire une calzone, faire la pâte à la main dans une bassine, la faire au pétrin, etc. Le tout dans une ambiance assez relax. Pour lui montrer comment on calibrait la pâte et qu'on la "boulait", je lui ai dit d'imaginer que les deux boules qu'il tenait dans ses mains, étaient les seins d'une filles et qu'il les malaxait. Peut-être était-ce la comparaison mais mon ado de stagiaire a vite saisi le mouvement. A la fin de la semaine, je l'ai emmené voir le concours de pizza qui était sur Périgueux et auquel je n'avais pas souhaiter participer. Cela lui a permis de voir des choses liées à la pizza.

En deuxième semaine, j'ai abordé avec lui tout ce qui avait attrait à l'hygiène et j'ai commencé à le mettre en autonomie. Il devait faire ses pizzas tout seul, sans que je l'aide, en assumant les premières erreurs de pizzaïolo telles les pizzas trouées qui se déchirent dans le four ou la gestion de la cuisson en même temps que la fabrication des pizzas suivantes (ce qui implique inévitablement la pizza brûlée dans le four). En parallèle, j'ai commencé à le guider sur la création de sa pizza. Il a testé le citron noir séché, l'a défini en terme de goût et de puissance et a commencé a envisager des ingrédients avec lesquels il pourrait l'associer. Je lui ai introduit d'autres produits pouvant lui donner de nouvelles saveurs (En l' occurrence, trois pommes: une golden, une gala et une granny smith). Je l'ai sensibilisé à la notion de texture, de croquant d'un aliment entre un poivron vert frais et un cuit, tout en lui montrant qu'un ingrédient peut être totalement différent si on le met à cuire avant ou si on le pose après la cuisson de la pizza. Je lui ai donné aussi du travail à faire à la maison autour d'une crème à faire avec le citron noir. Je le fais aussi chercher des choses via internet. Si au début, il s'agissait d'infos relatives à la pizza, maintenant, cela se dirige plus vers des façons de cuisiner. Je ne suis pas un cuisinier et il n'utilisera sûrement jamais ces recherches en collectivité mais j'essaie de l' intéresser.

La semaine prochaine, je vais continuer à lui montrer des pistes. Il va commencer à affiner sa pizza qu'on commencera en fin de semaine à faire goûter à la clientèle, histoire d'avoir des retours extérieurs. Côté pizza, je vais essayer de l'emmener chez des collègues qui travaillent avec un four à bois, un laminoir et qui cuisent sur plaques.

Normalement, la dernière semaine se focalisera sur le création de la pizza tout en faisant les commandes au quotidien et en le laissant de plus en plus en autonomie. Il faut que je trouve un jury qui lui critiquera sa pizza. Pour finir, il y a une chose que je souhaiterai lui faire faire: Du social en lui faisant faire des pizzas pour une cause. Je vais essayer de voir si il n'y aurait pas moyen de faire des pizzas pour les restaus du coeur, des pizzas simples comme de simples marguaritas.

Voilà

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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 03 Déc 2014, 00:41

En dix jours, la concurrence a augmenté prés de ma pizzeria. Pif paf, deux pizzerias ont ouvert dans un rayon de 1000 m autour de mon commerce. Toutes les deux font des pizzas à emporter sans livraison, comme moi. L'avantage est que comme elles sont à 50 m l' une de l'autre, elles vont être en concurrence directe. Je suis allé voir les deux en me présentant.

Le premier est le moins bien placé des deux car il se situe en plein dans une montée où ce n'est pas très facile de s'arrêter. Néanmoins, il le sait et prévoit de faire une place d'arrêt devant chez lui. Le gars est sympa. Naturellement, il me propose de venir boire un coup. Son père est propriétaire du local. Cela fait longtemps qu'il est sur Périgueux. Il a des contacts ici et là, notamment avec le club de basket. Au niveau de sa carte, il vend des pizzas pas chères (son premier prix, sa margarita est à 6€50 la 33cm). Il a commencé à se prendre la tête avec l'autre gars qui est venu le voir. Ils ouvrent à 50 m l' un de l'autre, c'est le jeu. Il vend des vins un peu plus cher que moi mais vend aussi des cubis. Il a 5 gamins et une femme. Son but, c'est de gagner de quoi vivre. En ne se prenant pas trop la tête. Dans sa pizz, tout n'est pas nickel côté installation mais cela va venir. Je lui donne des conseils sur ses bacs. Honnêtement, en passant chez lui, j'ai passé un bon moment. A la fin, je lui dis que si à un moment, il est en rade d'un produit, je le dépannerai volontiers.

Le second est prés du rond point mais il n'y a pas beaucoup de place pour s'arrêter. Avant lui, il y avait une sandwicherie que a tenu 2 mois. Encore avant, un kebab. Il y a beaucoup d'investissement. Même si il n'y a la place que pour dix personnes en place assise, tout a été refait à neuf. Le matos à l' intérieur resplendit. Four à bois top qualité à n'en pas douter. Je me présente mais le gars me connais déjà: Il y a quelques mois, il était venu à ma pizzeria pour me demander si je n'embauchais pas. Après, il avait bossé chez un autre pizzaïolo à emporter. Il travaille avec sa femme. Sur sa carte, il n'utilise que du produit de qualité: mozzarella de bufflonne, artichauts marinés et ventricina (comme moi), asperges vertes sur sa quatre saisons. Son premier prix est à 9,50 € la margarita de 26 cm. Ils ont une offre avec un prix à 7€50 la margarita, à côté de sa carte. Son positionnement est la pizza de qualité. Comme deux autres pizzerias ouvertes il y a moins d'un an en plein centre de Périgueux. La différence est que lui, il n'est pas au centre de Périgueux. Je lui souligne que ce n'est pas forcément trés facile de se garer dans le coin. Si. Il y a le gros restaurant chinois de Périgueux pas loin. Si les gens trouvent la place pour se garer pour y aller, ils la trouveront pour venir chez eux. je ne suis pas sûr que les gens qui vont dans un chinois à volonté, soit les mêmes que ceux qui vont dans une pizzeria grand luxe. Côté expérience, il a eu deux affaires avant. Deux pizzerias. Une pizzeria à emporter où "mon mari" a gagné beaucoup d'argent avec des employés et tout et tout. Puis une pizzeria de qualité dans un village où ça marchait bien. Innocemment, je leur demande pourquoi ils sont partis alors. Ils ont dû partir pour venir à Périgueux.

Quand on parle, un gars entre et demande quand est-ce que c'est qu'ils ouvrent. Il est passé quelques fois à ma pizzeria. Il n'est pas trés argenté. Il me salue d'un "Salut Chef" et me demande si c'est moi le patron. Je lui répond que oui, d'ailleurs je suis le patron de toutes les pizzerias de Périgueux avant de lui expliquer qu'en fait, je ne viens que pour me présenter aux nouveaux venus. Quand il part, je dis aux collègues que la clientèle du quartier est plus proche de ce type globalement que du friqué, que certains viennent pour voir le frigo à boissons plus que les pizzas. Ce genre de clients, ils n'en veulent pas, dixit la femme et puis eux, ils ne se fournissent pas à Métro. Ils ont de l'alcool de qualité. Je leur réponds qu'à Métro, on trouve de tout comme alcools, même des vins italiens de qualité. Je me tais sur le fait que la bière italienne qu'ils vendent dans leur frigo, est une marque qui se trouve à Métro. Je les informe que les mois les plus durs, sont par expérience, les mois de Janvier Février et leur souhaite bonne chance. Avant de partir, voyant le ventre arrondi de la femme, je demande pour quand est l'accouchement. Février. Ah. Je les quitte sans leur proposer de les dépanner en cas de problème. Comme 90% des pizzaïolos de Périgueux, je ne travaille pas avec de la mozzarella de bufflonne au quotidien.

Pour finir cette chronique sur les pizzaïolos du coin, cet aprés- midi, je suis passé voir un collègue qui bosse avec un four à bois. Je lui ai demandé si demain, je pouvais venir avec mon stagiaire, histoire de montrer à ce dernier comment on bosse avec un four à bois. Je souhaitais connaître les horaires où cela le dérangeait moins et il m'a rétorqué que je pouvais amener le petit n'importe quand le midi. Enter deux mots, il me sort qu'il a été embêté un soir car il était tombé en rade de fromage. Il avait tenté de m' appelé mais c'était un Dimanche et étant donné que je suis fermé ce jour là depuis début octobre, sa demande était tombée dans le vide. Du coup, il avait fait quatre pizzas avant de devoir fermer. Je lui donne mon numéro perso en lui signalant que, sauf si je ne suis pas sur Périgueux, je le dépannerai avec plaisir. En y réfléchissant maintenant, je m'aperçois que je connais beaucoup de collègues avec qui j'ai un bon rapport et qui m'aideraient tout comme je les aiderai. Peut-être parce qu'on ne travaille pas avec de la mozzarella de bufflonne au quotidien.

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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 07 Déc 2014, 16:19

On a tous eu un grand moment de solitude et c'est ce qui m'est arrivé à la pizzeria.

La journée commence bien. J'arrive en même temps que mon stagiaire. Je débarque les boîtes de sauce tomate de ma voiture et laisse le petit faire la mise en place pendant que je vais me garer. La soirée se passe sans problème avec comme à chaque fois le lot de clients sympas avec qui tout se passe bien. Puis vient la fin de soirée. Avec le petit, nous entamons la fin de soirée en commençant notre ménage. Deux gars rentrent dans la pizzeria sans que je les entende. Ils ont garé leur voiture devant la pizzeria et me demandent à qui appartient la BMW garée non loin. Je leur réponds que c'est celle du petit voisin. Ils pensent malgré tout que c'est celle d'un Jo, un de leur copain. Ils sortent et vont au restau à côté pour voir si "Jo" ne s'y trouve pas. Je commence à jeter l'eau pour mes sols et là, ils reviennent encore une fois dans mon dos. Cette fois ci, ils me demandent de passer par la porte de derrière pour aller sonner chez "Jo" (ou mon voisin dans leur tête) parce qu'il n'y a pas de sonnette devant. Je leur réponds que ce n'est pas possible (même si en fait, il y a une porte). Et puis, le voisin ne s'appelle pas "Jo". Mais quand même. La BMW appartient au père à "Jo" qui habite dans les immeubles pas loin. Je leur indique un bloc de résidences HLM situé non loin. Ils partent.

Puis, le coup de speed. Alors qu'on s'apprête à fermer, impossible de trouver les clés. On regarde partout avec mon stagiaire, rien sous les meubles, rien dans la caisse, sur le meuble de la caisse, nada de chez nada. On essaie de se rappeler où on les a vu pour la dernière fois. "Sur le comptoir" me sort le petit. Et là, je me dis que putain, ça se trouve, c'est les autres cons. Je téléphone à mes parents qui ont le double de la clé. Impossible de les avoir. Je réveille un voisin pour qu'il aille leur dire que leur téléphone est mal raccroché et qu'ils m'appellent immédiatement. Je vais voir le voisin qui a la BMW en réveillant au passage sa belle-mère qui travaille tôt le lendemain et je l'informe de la venue des gars ainsi que de leur insistance face à sa voiture. Il décide de m'aider à "bloquer" la porte. On déplace mon frigo à boisson devant cette dernière, on pose des balais et raclettes derrière en appui sur le comptoir derrière. On fait des essais et à moins d'être à dix, impossible de bouger la porte. Ma mère arrive, je ferme la porte à clé avec le double, emporte ma caisse puis file à la police. Là, un policier en train de discuter de choses sûrement plus graves avec une femme, prend note de mon problème, téléphone aux patrouilles en leur conseillant de jeter un oeil attentif à mon commerce. Rien ne garantit que cela marche m'affirme t-il mais c'est une sécurité.

Je sors du poste de police. Je m'installe dans ma voiture, puis, alors que je vais retirer mon frein à main, je note un truc qui brille pas loin. Je regarde: Mes clés. Je les avais embarqué en début de soirée et elles avaient dû tomber prés de mon frein à main. Grand moment de solitude. Beaucoup de bruit pour rien.

Kim

PS: Mardi, je fais avec mon stagiaire 50 pizzas pour les restaus du cœur. Pour les SDFs de Périgueux qui y mangent sur place, dixit le gars que j'ai rencontré.
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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 09 Déc 2014, 00:36

Aujourd'hui, ma mère a perdu sa chatte. Elle était sortie la veille et contrairement à ses habitudes, n'était pas revenue. Du coup, aujourd'hui, je l'ai aidé en l'appelant ici et là, dans leur quartier. J'ai fait des affiches avec sa photo qu'on a ensuite posé un peu partout. C'est étrange cet attachement qu'on a vis à vis des chats et le manque qui en ressort. Une présence n'est plus là soudain. Je me demande qui peut prendre un chat (car c'est plus ou moins l'idée qui prévaut dans ma tête). Je me dis que cela doit être horrible pour des parents quand ils perdent un enfant. J'avais vécu une partie de cela quand j'avais perdu mon frère à 7ans. Il était né handicapé et était mort un jour d'Avril dans l'institut qui l'accueillait. Même avec l'âge et l'habitude des "deuils", cela marque toujours autant.

A part cela, la professeur référente est venue pour évaluer mon stagiaire au travail. Elle a posé tout un tas de questions que je devais remplir avec elle. Des trucs assez inadapté au contexte comme "Faire des plats sans gluten" (Je n'ai eu qu'une fois une personne qui mangeait sans gluten et elle m'avait amené une farine spéciale pour faire la pâte la veille) ou "Quelles suggestions aurait-pu faire le stagiaire pour décorer la pizzeria de manière esthétique ?". Hormis faire pendouiller une guirlande entre les dalles coupe-feu du plafond, il n'y a pas grand choix. J'ai vite montré à cette membre du corps enseignant que pas mal de questions ne s'appliquaient pas ici (comme la notion d'intégration à une équipe quand on est deux à travailler sur place ou le nettoyage avec des machines pour le sol (Chez moi, on nettoie à la brosse et à la raclette)). A la fin, j'ai fini par mettre les dernières réponses tout seul. Le petit a carburé du coup au niveau note.

En fin de soirée, on a un peu parlé avec le petit. En toute honnêteté cette fois. Je lui ai demandé ce qu'il comptait faire une fois son CAP de restauration collective en poche. Chercher du taf. Je lui ai répondu que je pensais qu'il n'allait pas en trouver. Il est dyslexique et pas forcément trés rapide sur des questions comme les maths ou le français écrit. Il me lâche soudain qu'il compte monter un camion à pizzas. Pas encore car il n'a pas les compétences pour cela. Il est un peu effacé en personnalité. En revanche, deux idées me viennent à l'esprit: D'abord le bon vieux boulot à Mc Do. Rien ne vaut 6 mois de Mc Do sur un CV. Le gars qui a bosser pendant 6 mois en faisant un job alimentaire de ce type, avec une bonne pression, des équipes en sous-effectifs etc ... Après, il peut faire beaucoup de choses. Si il est promu manager, alors c'est le pompon. Dans des entreprises comme Mc Do, on s'en fout de vos diplômes. Ce qui compte, c'est votre efficacité. La seconde idée, était l'armée. Là, pareil. Les diplômes sont secondaires. Le petit est sportif. Il fait des matchs de foot avec son club tous les week-ends. Il est sérieux. Pas trop dépendant des nouvelles technologies ou d'une copine. Cela pourrait coller. Je lui parle des classes, de toutes ces joyeusetés comme dormir sous un abri de fortune en se caillant les miches, creuser des tranchées, voir ses affaires ou son lit par terre car c'est mal repassé ou mal plié, les pompes, etc... Tout ce qui est fait pour saper le moral et ne prendre que les meilleurs. Cela ne l'effraie pas plus que cela. Sa journée d'appel s'était bien passée. Il avait même fait une course d'orientation sur une journée à l'école de police. Alors l'armée, pourquoi pas ? Pour clore la soirée, je finis en lui gueulant dessus comme un sergent et en le speedant pour le nettoyage. Un avant goût du treillis en quelque sorte.

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PS: 3615 Ma vie, sujet où on raconte pas grand chose, vient d'être épinglé au niveau de la poubelle. La reconnaissance des petits riens sur le CFSL ?
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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Afigiboto » 09 Déc 2014, 15:45

Kim a écrit :PS: 3615 Ma vie, sujet où on raconte pas grand chose, vient d'être épinglé au niveau de la poubelle. La reconnaissance des petits riens sur le CFSL ?


C'est plutôt calme côté modérateurs en ce moment. J'ai donc passé pas mal de temps à purger la liste d'attente d'approbation ... Je me suis alors rendu compte que certains sujets épinglés n'étaient plus alimentés depuis 1 voire 2 ans. J'en ai donc basculé certains en standard vu que personne s'y intéressent et qu'ils ne contiennent pas de recommandations pour le forum.
J'en ai aussi profité pour épingler le plus actif : 3615 Ma vie.
Personnellement, j'adore tes messages. Je les lis souvent et je me suis promis que le jour où je passe à Périgueux, j'irai manger une pizza chez le bonhomme qui écrit si bien les petits riens de notre quotidien.
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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 14 Déc 2014, 03:04

Aujourd'hui, fin de stage. Et pour l'occasion, j'avais acheté du champomy. Une galère aussi. Juste avant d'ouvrir, mon stagiaire me signale qu'il n'y a plus de merguez. Je file dans ma voiture pour en prendre avant que la boucherie ne ferme. Puis, arrivé à un feu rouge, pouf, la voiture ne démarre plus. Ma batterie est déchargée (ce qui veut dire que mon alternateur a un problème). Klaxons. Je pousse ma voiture avec l'aide de personnes passant dans le coin. On la met dans un coin qui ne gêne pas trop. Un copain restaurateur qui est dans le coin me pose à la pizzeria et hop, je file un coup de main à mon stagiaire. Heureusement, c'est un soir calme côté commandes (pour ne pas dire pourri).

A la fin, on fait le bilan. Globalement, il aimé le stage. Sur cette dernière semaine, on a fait ensemble 50 pizzas pour les restaus du coeur en deux heures. La veille, il a présenté sa pizza à un jury qui lui a donné des conseils dessus. Il a créé une pizza: Base crème, mozzarella, poulet, poivrons verts croquants et en sortie de four, ananas frais du Bénin et citron noir séché. Il s'est amélioré en calcul mental notamment au niveau des additions (Tous les soirs, je lui faisais calculer de tête la recette du jour). Il va avoir son examen car je l'ai sacrément boosté au niveau des notes. Quand il faisait une erreur au niveau des pizzas ou du calcul, je lui jetais de l'eau avec un vaporisateur. Il a même vu que dans une pizzeria, on pouvait arroser aussi les clients et que les petits notamment en redemandaient.

Au retour, je me suis arrêté chez mon copain restaurateur pour le remercier. Je l'aime bien car c'est un malin. Prochainement, il va lancer un burger à 2€ (4,50€ avec frites et boisson). A première vue, je lui dis que c'est une erreur car les petits jeunes vont se ruer dessus et ne pas lui prendre ses menus/ burgers plus chers. Il sourit. Non. Sur l'offre, sa marge est la même et le burger en fait, est tout petit. On en mange un, on a encore faim. Alors on en commande un autre. Et au final, le client lui commande autant que pour un menu. Et comme sa marge est la même sur cette offre que sur un menu, il gagne toujours autant. Tout en paraissant pas cher. Il m'explique que c'est le principe du burger basique à un euro de Mc Do. La différence, c'est qu'il ne peut pas appliquer le même prix que les chaînes. Pour son burger de base, le pain est plus petit, le steak super fin et la garniture au minimum (oignon et ketchup). Au détour de la conversation, il m'annonce qu'il trouvé le fromage que met Pizza Hut dans le bord de ses pizzas. C'est un fromage en longue lanière vendu par paquet de 25. "Tu devrais le faire, personne ne le fait sur Périgueux". Ouais, sauf que les préparations fromagères qui ne sont pas du fromage ... Ce n'est pas trop ma façon de voir les choses. C'est quand même vraiment un plaisir de discuter avec lui.

Pour finir mon périple, je m'arrête voir des joueurs de Camarilla Vampire. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s'agit d'un jeu de rôle grandeur nature où chaque personne incarne un vampire. La société des vampires se cachent de celle des humains, se réunit dans une salle la nuit et complote la plupart du temps. Les orgas m'invitent à faire un policier car une descente de "flics" a lieu et perturbe la petite réunion vampirique. On me passe une carabine en guise d'armes, on débarque dans la salle. "Bonjour messieurs, vos papiers, contrôle d'identité et fouille". Le tout pour trouver de la drogue et faire chier les joueurs. Cette pseudo descente est en fait un prétexte pour introduire un autre personnage (un vampire trés puissant) qui va sortir les joueurs du pétrin en usant de son influence et les emmener dans un lieu plus glauque où rebondira l'intrigue. Comme la partie risque de se terminer à 5 heures du mat, je pars quand même avant.

Kim

PS: Des news rapides de la chatte de ma mère. Une vieille dame me signale qu'elle a vu un chat mort dans la semaine sur le parking à côté. Mes parents étant à la Réunion voir ma frangine, je vais me renseigner auprés des gars qui nettoient le parking. Bilan: Ils ont bien ramassé un chat mort dont le signalement correspond à la chatte. Elle était un peu grosse. Oui, elle aimait bien manger. C'est ce qui lui a sûrement fait perdre de la vitesse quand elle a traversé la route. J'informe ma mère d ela situation dans un mail. Elle me répond que maintenant, la petite est au paradis des chats. RIP comme on dit.
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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 10 Jan 2015, 02:17

Petite chronique "Charlie". Les évènements tragiques survenus au siège de Charlie Hebdo deviennent naturellement un sujet de conversation dans la pizzeria.

Avant tout, à "Métro". Métro est une chaîne de grossistes pour restaurateur. En allant y faire mes courses, le lendemain du drame, je croise le directeur en pause clope avec des employés. Je leur serre la main et nous parlons. On évoque l'affaire et le directeur me dit qu' ils ont mis le drapeau de la société en berne et fait une minute de silence à midi. Je lui suggère qu'ils pourraient mettre des affiches "Je suis Charlie" sur les vitres car les clients n'étant pas là le midi pourraient aussi comprendre le soutien de la marque à la manifestation. Ce n'est pas trop dangereux comme prise de position. Il me répond que non. Tout se fait avec la validation du siège. La plus petite initiative en terme de communication qu'elle soit positive ou négative doit avoir l'aval du siège. Le groupe verrouille toute la com.

Dans la journée, je reçois un mail de la mairie. Le service com de la mairie écrit de temps en temps un mail groupé à un grand nombre de commerce. D'habitude, c'est pour nous informer sur des initiatives de la mairie (genre venez chercher le kit de décoration pour mettre dans votre vitrine pour le salon du Livre Gourmand (le salon bouffe de Périgueux)). Là, ils nous suggèrent de se joindre au mouvement et de mettre un "Je suis Charlie" dans notre vitrine. Ça me fait bizarre qu'une mairie demande aux commerces de se joindre à un mouvement. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il y a une récupération du mouvement, que chacun essaie d'en profiter mais quand même ce n'est pas loin.

Hier, j'ai eu un papy à la pizzeria et une reflexion sur la peine de mort. Il faut la rétablir pour ces gens là. Si on les capture, ils ne diront rien et ils ne se laisseront pas capturer. Si on les met en prison, ils auront quoi ? Trente ans max. Et ils continueront à prêcher avec les autres détenus et créer des martyrs. Non, ils faut rétablir la peine de mort. Surtout qu'on est en guerre. Pernicieusement, je suggère aussi de rétablir la torture pour les faire parler. Ah non ! Pas la torture. La torture, ce n'est pas humain et puis cela ne donne rien côté renseignements. Non, la peine de mort. Quand il s'en va, je repense à Robert Badinter et son combat pour abolir la peine de mort.

Ce soir, des élèves policiers. Ils mangent sur place. Pouvait-on prévoir un tel acte ? Non. Si il fallait surveiller tout le monde, cela demanderait un effectif monstrueux. Ils m'apprennent que les coupables ont été abattus. Et le dilemme: Si on les avait capturé, qu'en aurait-on fait ? Et même au sein des élèves policiers, la question divise. La peine de mort, pourquoi pas car ils ne diront rien. On peut aussi les mettre en prison mais cela coûtera de l'argent à la communauté. Entretenir des gens qui ont tués ... Moue de dégoût. Je fais glisser le sujet vers la légalisation des drogues douces et là, opinion unanimes de la future gens policière: Non. Légaliser les drogues, cela ferait encore plus de drogués. Et on se baserait sur quoi comme taux au niveau de la conduite au volant ? Une absurdité selon eux qui en ferait qu'augmenter les passages vers les drogues dures. Pour le garçon, il faudrait faire une tolérance zéro. Même au niveau de l'alcool. Mettre une limite à zéro grammes d'alcool au volant dans un pays où le vin est une donnée culturelle, tient quand même de l'utopie.

Pour finir, un groupe de filles. Elles ont la trentaine, elles font leur soirée filles et ont largué les mecs dans un coin pour être entre filles. Un apéro improvisé, une pizza et quelques conneries qui fusent. Et ce n'est que le début de la soirée. Une fille veut fumer mais ces copines (même les fumeuses) font les chiennes de garde. Non, tu ne vas pas fumer. Cela fait trois mois que tu as arrêté. Si tu prends une clope, tu vas rechuter, tu vas voir ... Donc pas de cigarette. Elles sont entre filles mais les mecs leurs envoient des textos pour savoir ce qu' elles font. Réponse: On commande des pizzas. Trois petits points. Pourquoi trois petits points aprés ? Parce que trois petits points, c'est vital, cela laisse tout imaginer. Même si en fait, elles n'ont pas trop prévu grand chose après apparemment. A part picoler chez l'une. Une de leur copine est avec les mecs. Elles lui disent de venir les rejoindre. Elles vont s'amuser. Une soupire: Elle ne va pas trop boire pour ramener la nouvelle venue. Mais non, au contraire, tu te mets carpette lui dit une de ces copines. Comme ça, tu n'es pas en état de la ramener et donc, tu ne la ramènes pas. Des rires. Une mentionne qu'un truc chouette à faire serait une soirée Chippendales. Ah oui, j'en avais une une fois dans un restau, lui rétorques une autre? Une soirée sympa avec des chippendales locaux qui avaient des masques. Le hic, c'était qu'à la fin, les strip-teaseurs avaient retirés leur masque et qu'elle avait reconnu un de ses ex parmi eux. Du coup, la soirée était un peu moins glamour. Même quand on a un peu bu. Je pose les pizzas sur mon comptoir. En les prenant, une des filles déchire l'affiche "Je suis Charlie" que j'avais scotché sur mon comptoir. Elle devient triste d'un coup. Elle a déchiré Charlie. Un acte ignoble. Je lui dis que ce n'est pas grave, ce n'est qu'une affiche, j'en retirerai une autre. Quand même si, c'est Charlie.

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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 12 Jan 2015, 01:14

Une chronique hors pizzeria sur la manifestation et sur ma journée en général.

Ce matin, je pars faire mes courses. Au supermarché, je croise la femme d'un ami musulman. Nous discutons un peu des affaires et elle me dit qu'ils vont aller à la manifestation. Je leur dis que j'y serai aussi. Plus tard, je passe à la boucherie pour y prendre des merguez pour la pizzeria. Petit rappel: cette boucherie est halal. Je rencontre un client musulman. Le sujet de la manifestation est évoqué. Y sera t-il ? Non, il a des choses à faire cet après- midi et il y a des tas de morts dans le monde dont on ne parle pas. Cette réaction peut paraître surprenante mais je la comprends. Rien n'oblige à aller à cette manifestation.

Sur Facebook, un ami gauchiste informe qu'il ne va pas y participer aussi. Pour lui, c'est trop récupéré, cela manque de spontané comme les premières réunions. Mais en même temps, l'est-ce tant que cela ? Personnellement, comme je ne pouvais aller à aucune manifestation car travaillant le soir, cette manifestation un Dimanche après midi, était parfaite pour moi côté horaires pour apporter mon soutien.

La première impression que j'ai eu, fut sur le chemin pour aller à le manifestation. D'habitude, le Dimanche, les rues sont plutôt désertes à cette heure. Les gens ont plus tendance à rester chez eux. Là, soudain, sur la route, des gens en famille ou seul, marchent dans ces rues normalement vides. Tous vont dans le même sens et chacun sait que les autres vont au même endroit. Il y a déjà une sorte d'identification avant même le rassemblement.

Dans une ville de taille moyenne comme Périgueux, la place du rassemblement est noire de monde. Je me place dans un coin. Non loin de moi, des élus au milieu de la foule avec leur écharpe en bandoulière. Ils sont tous ensemble et ne semblent pas trop savoir que faire. La foule est tout autour. Faut-il qu'ils soient en tête de cortège ? Mais alors où va commencer le cortège ? Des proches semblent les baiser avec des drapeaux tricolores. Je me dis que je serais un djihadiste avec une ceinture d'explosif, ce serait comme me flécher l'endroit où exploser.

Il y a des pancartes, des éditions de Charlie, des tas de choses à lire ici et là. Des marseillaises qui s'entament aussi à droite et à gauche. Des gars distribuent des feuilles avec "Je suis Charlie", histoire que vous en ayez si vous n'en avez pas. Des gars avec une sono envoie un message sauf que l'on n'entend rien car la sono ne diffuse pas grand chose. Aprés quarante minutes sur la place à ne rien faire et m'emmerdant un tantinet, je décide de me barrer. Des personnes font comme moi. Dans une rue adjacente au rassemblement, je croise un collègue pizzaïolo qui lui y monte. "Ça manque de mouvement" je lui dis. C'est pas grave, viens, on va les faire bouger. Je fais demi-tour. De retour sur la place, je croise une mamie voisine de ma pizzeria. Elle est avec une copine et a perdu son mari. Vous ne l'avez pas vu ? Il a une grande pancarte qu'il a passé la journée d'hier à faire, me fait-elle. Le problème, c'est qu'il y a un peu beaucoup de grandes pancartes autour. Tant pis, me répond-elle. De toutes façons, c'est moi qui aie les clés de la maison.

Je bouge vers les boulevards à côté de la place du rassemblement et là, je tombe sur la manifestation qui débute. Je m'y joins. Des jeunes mène le cortège et lance des "libertés d'expression" et autres marseillaises ou slogans à reprendre. Dans des magasins de fringues ouverts sur la route, pas un chat. Les terrasses des cafés sur la route en revanche sont bondées. Une mamie du haut de son balcon agite sa canne en soutien. La foule l'applaudit. Les motards ouvrant la route arrête une voiture à un croisement. Je me dis que la conductrice n'a pas de bol. Le temps que tout le cortège passe ...

Les photographes et caméramens amateurs ou professionnels en profitent. Aprés une boucle sur les boulevards, les cortèges partant de la place et ceux y revenant, se rejoignent. Une amie m'interpelle avec son grand fils. Où est sa fille ? Elle n'est pas venue. Elle n'avait pas eu le temps de prendre sa douche et de se maquiller. Les soucis esthétiques font parfois manquer des moments historiques. Je rencontre des clients arabes. Ils ont été élevés dans la foi musulmane puis ont bifurqué vers le bouddhisme. Ils sont heureux qu'il y aie autant de monde. Il y en a plus que lors de la Coupe du Monde et c'est tant mieux. C'est bien que les idéaux motivent plus que les joies sportives. Leurs enfants leurs demandent les bougies et partent allumer ces dernières sur un rond point transformé le temps d'un rassemblement en lieu de recueillement.

Le soir, les journaux annoncent 15.000 personnes à Périgueux, soit la moitié de la ville dans la rue. C'est un joli chiffre mais demain ... Qu'en restera t-il demain ?

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