3615 Ma vie

tous les sujets inutiles, inclassables, etc.

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 16 Jan 2014, 00:14

Donc, je courre. Toujours pour le festival. Hier, rendez vous avec le coordinateur associatif de Périgueux. Deuxiéme rendez vous. Comme un crétin, j'oublie le plus important: mon prévisionnel. Il me donne des conseils pour l'équilibrer. De retour chez moi après la pizz, je me mets à fond dessus. 30%. Le total des subventions demandées doit égaler 30% du coût de votre festival (sans l'estimation des bénévoles et de tout le matos). Un vrai casse-tête.

Un des gros postes de dépenses dans un budget de festival, ce sont les bénévoles. Les bénévoles viennent gratuitement. Le moindre des choses est de leur fournir le repas. Il faut aussi leur fournir des boissons/ encas durant la journée. Si on compte un pack à 30 € pour le week-end par bénévole et 10 € de boissons pour chaque jour, un bénévole présent les deux jours, c'est 50€ le week-end pour l'organisation. Multipliez par 50 bénévoles, cela fait une somme sympa. Je dis 50 mais hier, j'avais prévu 80 bénévoles. Du coup, mon ratio dépenses/ rentrée s'envolait au delà du seuil fatidique. Du coup, j'ai coupé dans le gras. Les seuls bénévoles pris en charge, seront ceux qui sont sur des évènements publics. Tous ceux qui sont sur des tournois/ convention, leurs assos se démerderont. Elles auront leur buvette individuelle... Donc ...

J'ai pris rendez vous avec une asso de poker et de jeux vidéos de Périgueux pour leur faire visiter le lieu. Pour le poker, pour qu'ils puissent y organiser un tournoi. Pour les jeux vidéos, au niveau du gymnase avec toutes les activités. Ce matin, je reçois un coup de fil de la personne de la CAF qui m'avait reçu pour que je lui présente mon projet. Elle me donne le nom d'une autre asso de jeux vidéo et m'enjoins à joindre le plus vite un directeur de centre social. J'ai quatre centre sociaux à contacter. Le but, c'est qu'ils amènent des familles avec leurs bus ou mini-bus. L'avantage pour eux, c'est que cela leur fait des activités. Pour moi, des entrées.

L'entrée va être à 1€ mais chaque personne venant au festival recevra un dé spécialement créé pour l'occasion. Un éditeur de Limoges que j'avais contacté hier, me disait que le jeu de société ne marche que quand il est gratuit. Je prends le risque à 1€. Je tiens à l'idée du dé car c'est un bon moyen pour que les gens se souviennent de vous. Aprés le festival, il ont le dé et se rappellent de l'évènement. Une sorte de pub mémorielle. Un dé en grosses quantité coûte moins qu' 1€ toutefois, ce qu'on gagne est minime quand on rapporte les gains au budget du prévisionnel.

Sur un prévisionnel, pour se rapprocher du seuil des 30%, une astuce consiste à restituer des coûts identiques sur les entrées et les sorties. Un exemple: j'estime avoir 100 joueurs qui vont dormir sur le week-end. La nuit est à 15€. Cette somme est fixée par le lycée sur lequel tout va se dérouler. Dans mon budget, je signale en ces 3000€ en dépenses et je les reproduis en recettes. Là où j'y gagne, c'est sur la somme de mon festival. Il coûte cher. Dés lors, il est gros et plus intéressant niveau subventions.Et puis cela montre que vous vous bougez plus pour avoir des rentrées.

Cet aprés- midi, j'ai eu une satisfaction. Un rendez vous avec un conseiller municipal. Quand ce dernier vous dit que le dossier est bien monté, qu'il trouve qu'il y a un gros travail en amont et vous dit qu'il y a de fortes chances pour lui qu'il y ai plus que les 400 malheureuses entrées que vous prévoyez, ça fait plaisir. Quand il vous invite à poser vite une demande de subvention à la mairie car ces dernières seront vite clôturées, cela fait encore plus plaisir.

Entre la pizzeria et l'organisation du festival, mes journées sont plus que remplies. Vivement Février que les demandes de subventions soient passées. Quoiqu'en Février, au niveau de la pizzeria, je vais avoir la TVA à reverser et mes charges sociales qui tombent avec ma trésorerie en ce moment au plus bas. Merde, je ne vais pas m'en sortir.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3004
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 31 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 22 Jan 2014, 16:59

Quel est le rôle social d'un pizzaïolo ? Un pizzaïolo est avant tout un commerçant, le type qui vous vend votre pizza, échange deux- trois mots avec vous. Bref quelqu'un qui a un contact amical avec la plupart de ses clients. On papote avec lui maximum 20 minutes, le temps que la pizza soit prête ou qu'on finisse sa bière. On sympathise avec le client mais cette sympathie se déroule la plupart du temps au niveau de la pizzeria. Rarement en dehors.

Seulement parfois, le rôle de pizzaïolo va plus loin. Un exemple: Un client, la cinquantaine bien tassée. Il n'est pas bien. On parle un peu, il vous dit qu'il vient de se faire larguer par sa copine. Le grand amour depuis un an. Du coup, pendant une demi- heure, je lui remonte le moral. "Prends du recul". " Laisse couler". "Si tu l'appelles maintenant, tu vas la faire chier. Et alors, cela sera fini à tous les coups." "Laisse filer. Tu la rappelles dans un ou deux mois, histoire de prendre des nouvelles. Et si cela doit se refaire alors, cela se refera. Vous verrez alors les choses tous les deux différemment" etc. Et voilà comment je me glisse dans la peau du "pote" durant une demi-heure. Cela arrive rarement mais cela arrive.

Dans le même genre, il y a le coup de fil. Lundi dernier, j'étais en train de faire des pizzas et dring, le téléphone. Sauf que là, la voix à l'autre bout vous annonce: "C'est Machin. Je suis en psychiatrie. Ma copine vient de me dire que c'était fini." Et là, vous devez faire vite car sur votre marbre, vous avez trois pizzas d'étalées que des clients vont venir chercher dans dix minutes. Du coup, vous cherchez des infos en deux trois phrases rapides. Elle est aussi en psychiatrie mais ils sont séparés dans deux services différents. Depuis 10- 15 jours, ok. Elle a rencontré quelqu'un et vient de lui annoncer qu' elle le quittait. "C'est tout frais, elle peut encore changer d'avis. Laisse couler. Ne te focalises pas dessus. etc." Et de rappeler entre deux expressions remonte-moral qu'on n'a pas trop forcément beaucoup de temps car les pizzas doivent partir vite.

Voilà comment de la cuisine, on passe au social. C'est assez amusant et triste quand quelqu'un vous appelle. Amusant car appeler son pizzaïolo pour trouver du réconfort est quelque chose d'assez incongru. On a plutôt tendance à appeler d'autres personnes que son pizzaïolo dans une telle situation. Triste enfin car si son pizzaïolo est la personne à appeler dans un tel cas, cela signifie que soit vos amis vous ont laissé tomber, soit vous n'avez pas de copains. Et une telle détresse sociale n'est pas des plus enthousiasmante.

Je parlais récemment de ce côté social avec un client coiffeur. Lui, c'est pareil. Voir pire. A la pizzeria, on s'attarde une vingtaine de minutes maximum. Chez un coiffeur, cela peut facilement monter à 2- 3 heures. Dés lors, on prend sur soi. On laisse couler aussi pendant que les gens s'épanchent. On s' intéresse un minimum car on est professionnel. On subit en hochant la tête et en compatissant. Je ne suis pas encore à ce stade "social" au niveau de la pizzeria et j'espère ne pas y arriver. En même temps, les clients qui restent deux à trois heures sont extrêmement, extrêmement rares. Alors ... Alors peut-être que j'ouvrirai un cabinet de psychologie ou un truc dans le genre quand j'en aurai marre de la pizza. C'est presque le même métier, non ?

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3004
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 31 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 05 Fév 2014, 01:50

Un mot rapide:

J'ai un client qui me pose souvent des prospectus bouddhistes. Personnellement, je ne suis pas bouddhiste. Je suis même à des années lumières de la chose même si je suis typé asiatique. Ce client vient donc ce soir pour me prendre une pizza. Et il me parle de mon père. Mon père a été durant 30 ans, acupuncteur sur Périgueux. Ce client me demande des renseignements sur une technique que faisait mon père: il mettait selon lui un corps gras sur le ventre du patient, du sel puis y faisait brûler des herbes. Ce qui l' intéresse naturellement, ce n'est ni le sel, ni le corps gras (que mon père en fait ne mettait pas) mais les herbes. Je recherche dans ma mémoire de fils d'acupuncteur et le seul truc qui vient à l'esprit est le moxa. La conversation dévie ensuite. Nous parlons médecine alternative. Je lui dis que je n'y crois pas trop hormis l'acupuncture. Je lui parle d'une émission que j'avais vu où des médecins démontraient l'efficacité des médecines douces. Je lui parle entre autre des gars qui se soignent en buvant leur urine et je lui dis que dans l' emission, des médecins montraient que cette façon de se soigner était plus dangereuse en fait qu' effective. Le client me répond qu'il connait quelqu'un qui "boit sa pisse" et qui se porte bien. Surtout au niveau rénal. J'évoque d'autres choses auxquelles je ne crois pas allant des soins avec des cristaux en passant par l'homéopathie ou cette technique qui consiste à vous faire remonter dans vos souvenirs limite jusqu'à quand vous étiez un fœtus. Et je m'aperçois que le client a tout essayé. Et qu'il a même apprécié. Jusqu'ici, je me demandais qui pouvait se soigner ainsi, moi, qui suis adepte de la médecine traditionnelle et là, je viens de trouver en face de moi, une réponse à cette interrogation. Du coup, je tends la pizza avec un sourire.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3004
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 31 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar fmf » 05 Fév 2014, 11:30

avec le sourire ?

tu avais pissé dedans ?
"L'Ecossais ne se bat pas jusqu'à ce qu'il voit son propre sang."
topic : croquis & nus
Avatar de l’utilisateur
fmf
Torréfacteur
 
Message(s) : 4780
Inscription : 29-12-2004
Localisation : Arras
a noté: 20 fois
a été noté: 4 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 06 Fév 2014, 14:19

Franchement, non. Mais j'hésite à faire des pizzas à la pisse: il doit y avoir un marché pour cela.

A part cela, ce soir, j'ai ma première commande de pizza en plaque. Et Samedi 15, j'en ai trois autres à faire.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3004
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 31 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 10 Fév 2014, 02:01

Un des sujets importants au niveau des discussions dans une pizzeria, c'est le sport. Il est quasiment impossible d'y échapper. Le sport peut se diviser en deux catégories: le sport télé et le sport local.

Le sport télé, c'est évidemment tout ce qui est retransmis par le petit écran. Les conversations peuvent souvent tourner autour des résultats des matchs, des performances de telle ou telle équipe, de sa forme du moment. Mais parfois, ce genre d'échange, somme toute banal, peut virer à autre chose. Un client, amateur de rugby, me parle du dernier match de l'équipe de France et là, déplore, outre les carences à certains postes, surtout le manque d'identité du rugby moderne. Avant, chaque ville de sud-ouest avait un certain type de jeu. En regardant des matchs, il y a vingt ans, il arrivait à reconnaitre des équipes par leur style. Aujourd'hui, tout est pareil. Tous les joueurs ont des physiques d'armoire à glace statique, des mercenaires - certes extrêmement talentueux - envahissent le championnat, les grosses villes pillent les petites villes en prenant leurs meilleurs joueurs, les joueurs issus de centres de formations n'existent plus. La professionnalisation, l'argent tue le sport. Et il me rappelle les grands matchs d'une équipe légendaire galloise que je n'ai pas connu. En ce temps là ...

Pour en revenir au sport, il y a aussi le sport local, celui que les clients pratiquent. Un de mes clients joue au hand dans une équipe locale au niveau amateur. Il me parle de ses matchs, des équipes des landes dont les joueurs font deux fois sa carrure et qu'ils ont battu de 10 buts car ils n'avaient aucune vitesse. L'aspect est parfois trompeur. Sauf peut-être face à une autre équipe des Landes qui elle est première du groupe. Eux, ce sont des brutes et ils ne connaissent pas la lenteur. C'est leurs adversaires dans deux matchs. Ca va être dur. Il me parle aussi d'un stage qu'il a fait cet été. Il a joué avec d'autres stagiaires contre les filles de l'équipe de France de hand. Des filles trés sympas mais niveau match, ils ont été complétement dépassés et se sont ramassés une raclée mémorable. Même les terreurs landaises n'en mèneraient pas lourd face à elles.

Et puis, il y a le basket et l'équipe de basket locale. Elle est en pro B, la seconde division du basket. L'an dernier, elle était en pro A. C'est le sport local avec beaucoup de supporters et de familles. Du coup, j'ai souvent droit aux pizzas d'avant- match. "Ceux-là, ils ne sont pas terribles, on devrait les battre facile." ou "Ce soir, c'est une grosse équipe. Ca va être tendu." Et il y a les sorties de matchs. Les "On perd d'un point, c'est rageant." "Ils étaient nuls ce soir. Même moi je fais mieux sur un terrain" (dixit un client avec 30 cm de moins qu'un joueur de basket côté taille et 30 cm de plus côté ventre). Il y a aussi les "On a gagné. Machin, c'est défoncé ce soir". Et entre les matchs, quand l'équipe va mal, les interrogations. "Moi, je dis que ce joueur va être viré. Il ne fout rien et en plus, on le paie une blinde."

Le sport, c'est donc toute une histoire qui souvent ne finit jamais vraiment.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3004
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 31 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar lolmonkey » 14 Fév 2014, 00:01

Slt,

Je ne sais pas trop où poster mes questions donc je vais commencer par ici.

Que pensez vous des ventes sur les sites comme Etsy et Zatista ? Ça peut payer un loyer ?
lolmonkey
Ersatz
 
Message(s) : 1
Inscription : 13-02-2014
a noté: 0 fois
a été noté: 0 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 20 Fév 2014, 01:33

Aujourd'hui, un petit jeune m'a rappelé. Il y a cinq jours, il m' avait appelé une première fois. "Bonjour, je suis un petit jeune de 17 ans en apprentissage (CAP cuisine), je souhaiterai faire mon stage d'apprentissage chez vous. Il dure 2 ans, vous me payez dans les 300- 350 € par mois, je bosse 35 heures par semaine et je veux absolument ouvrir un camion à pizza plus tard. Je peux avoir un entretien avec vous ? Puis "Vous savez, je peux abandonner mon apprentissage et vous me prenez en CDD, je rêve d'ouvrir mon camion à pizza et vous avez la joie de transmettre votre savoir". Bon, je caricature un peu ses propos mais grosso modo, c'était tout le contenu. Je lui dis de passer le Dimanche soir à la pizz pour qu'on en cause. Le Dimanche passe, personne.

Ce soir, coup de fil de cet aspirant pizzaïolo qui par un fâcheux concours de circonstance, n'a pu venir Dimanche. Il me redit son amour immodéré pour la pizza et me lâche que s'étant entre temps renseigné, vis à vis de son âge, je ne peux le prendre qu'en CDD ou CDI. Et là, avec toute la passion du pizzaïolo désireux de transmettre son savoir-faire, je lui dis "Passe ton permis d'abord si tu veux pouvoir conduire ton camion". Et comme je suis gentil, je lui enseigne qu'un salarié ne coûte pas que le smic de l'heure pour un patron mais bien plus avec les charges sociales, que les camions à pizzas ne sont plus un bon plan aujourd'hui, beaucoup de personnes s'étant passé le mot et que chaque petit bled paumé ayant aujourd'hui son voir ses camions à pizzas. En tant qu' ex-futur patron cool, je lui suggère aussi qu'aucun patron ne le prendra pour ses beaux yeux en CDD si il n'y a pas un besoin de main d' œuvre au niveau de la pizzeria. Il bafouille d'émotion et raccroche, le cœur battant trop (?) d'amour pizzaïolesque.

Après l'appel, je me souviens que j'ai oublié de lui évoquer que la veille, j'avais vu un client- enseignant au CFA (Centre de Formation des Apprentis) en cuisine et qui m'avait dit qu'aucun apprenti ne recevrait le feu vert pour une formation en pizzeria car la formation dans ce domaine ne correspond pas aux connaissances à acquérir pour l'examen final (Les multiples façons de préparer un poisson par exemple étant un peu limité avec un four à pizza). J'aurais dû aussi lui toucher deux mots sur la crise, le nombre moyen de pizzas vendues chaque jour qui avait bien diminué ou des sous qu'il faut avoir pour ouvrir son entreprise. Sans compter tous les problèmes qui peuvent vous tomber sur le bout du bec.

Il faut décidément que je prépare plus mes réponses pour les "passionnés de la pizza" de 17 ans. Je risque trop de décourager les vocations.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3004
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 31 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 28 Fév 2014, 16:50

Au menu du jour, des normes mais pas n'importe lesquelles, des normes handicapés.

D'abord un agent immobilier. Il vient avec son petit chien qu'il tient sous le bras. Nous nous connaissons car il m'a vendu la maison et l'atelier où j'ai fait mon commerce. Les affaires ne sont pas terribles pour lui. Beaucoup de biens en vente, peu d'acheteurs. Il y a toujours des vendeurs qui surévaluent leur bien par rapport au marché mais au bout d'un certain temps sans trouver preneur, leur prix redescendent. Je lui demande si il vend des commerces. Il a arrêté car après tout, certaines agences se sont spécialisées là-dedans. La conversation dévie sur les normes handicapées et nous nous trouvons un point commun: le type qui gère ces normes sur Périgueux est un emmerdeur fini. Sur le dernier commerce qu'il a vendu, il a fait refaire le commerce pour le mettre aux normes. Pour bien faire, il fait tout dans les normes. Le type s'occupant des handicapés lui demande de refaire les toilettes à la fin des travaux car elles sont trop courtes de 10 cm. Qu' est-ce qu'il a fait du coup ? Il a vendu le fond sans qu'il soit dans les normes. Il n'allait pas s'enquiquiner à refaire ses toilettes pour 10 cm. L'acheteur le sait et il s'en fout aussi.

Ces normes handicapées, même si elles partent d'un bon sentiment sont une horreur. Quand j'ai monté mon commerce, la seule personne qui m'a emmerdé, fut le type en charge de ces normes. Par trois fois, ma demande a été jugée "non conforme". Les normes entraient alors en vigueur en 2015 (elles ont été repoussées depuis). Pour vous donner une idée, en voici quelques unes:
- D'abord, il faut une rampe d' accès pour qu'un type en fauteuil puisse venir avec son fauteuil.
- A l'intérieur du commerce, il faut que le type en fauteuil puisse faire un demi-tour. Il faut donc un carré de plus d'un mètre pour qu'il puisse tourner son fauteuil.
- Au niveau de la caisse, il faut qu'il y aie une petite tablette, que cette dernière ne soit pas trop haute et que le type en fauteuil puisse mettre ses jambes dessous pour pouvoir signer un chèque.
- Au dessus de la caisse, il faut un éclairage suffisant pour qu'un malvoyant puisse lire sur les lèvres.
- Sur la porte d'entrée, il faut deux bandes blanches, histoire que le malvoyant ne se la prenne pas dans la figure, des fois où il ne l'aurait pas vu.
etc...

Le problème de ces normes tient au fait qu'elles sont difficilement applicables dans certains endroits. Un client dentiste a son cabinet dans un bâtiment avec des appartements. A l'époque de la construction, les fauteuils roulant étaient le cadet des soucis. Donc pas d'ascenseur et pour accéder au cabinet, une dizaine de marches à monter. Comment fait-on pour mettre tout cela aux normes ? On casse les marches ? Si oui, la pente va être trop prononcée, du coup, on fait quoi ? On casse l'immeuble ?

Une cliente vient me commander des pizzas. Elle gère les handicapés au niveau d'un organisme au nom tout en abréviation dans une cité administrative. Elle voit passer pas mal d' handicapés en chair et en os ou via leurs dossiers. Que pense t-elle de ces normes ? C'est une aberration de les appliquer pour tout. Si on prend le nombre d' handicapés en France, ils sont une minorité. Au sein de cette minorité, les personnes en fauteuil sont encore plus minoritaires et se trouvent pour la plupart dans des instituts spécialisés. Le nombre de personnes en fauteuil susceptibles de venir dans un commerce est ultra ultra minoritaire. Je lui dis que c'est vrai, qu'en trois ans d'existence, je n'ai eu qu'un seul client en fauteuil roulant, que le gars (un jeune ayant eu un accident) était venu avec ses copains, que ces derniers l'avaient aidé et que le type, personnellement, s'en foutait un peu de l'accessibilité à ma pizzeria. Le plus important pour lui, c'était que les pizzas soient bonnes et il avait des trucs plus chiants au quotidien (genre les quatre étages de son immeuble sans ascenseur). La cliente ajoute qu'en plus, je ne vais pas avoir tous les jours des personnes avec un handicap grave et que pour les chèques, comme la plupart des commerçants ne les acceptent plus aujourd'hui ... Franchement, on ferait mieux de penser à créer des emplois plutôt qu'enquiquiner les gens en voulant appliquer ces normes à des endroits où c'est impossible. Je lui rétorque que, oui, mais tout est affaire de gros sous. L'argent fait tourner le monde. Même les fauteuils des handicapés. Du coup, il faut de la place.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3004
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 31 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 03 Mars 2014, 00:55

En début de soirée, j'ai été mal à l'aise. Cela n'arrive pas souvent depuis que j'ai ouvert la pizzeria mais là, cela a été le cas. Deux ados entrent. "Monsieur, la machine devant, elle est à vous, elle m'a avalé ma pièce". Un de ces deux ados était un gamin qui était déjà venu avec sa petite sœur. Cette dernière était venue pour me demander aussi le remboursement d'une canette et m' avait choqué avec sa façon de parler pleine de vulgarité. Donc, il y a cet ado qui rentre, la tête enfouie dans sa capuche et qui parle peu. Et son copain, un petit blond un peu costaud. C'est le copain quia perdu sa pièce. Je lui réponds le laïus habituel, à savoir que ce n'est pas moi qui rembourse mais Coca Cola, appelez le numéro sur la machine patati patata ... Et le petit blond me fait: "Je vous connais. Vous ne faîtes pas du warhammer ?". Soudain, je comprends que je connais ce gamin. Depuis quelques années, je suis membre de l'asso de Warhammer/ 40 K de Périgueux. Il y a deux ans, ce petit blond avait débarqué pour apprendre à jouer. Ses figurines n'étaient pas les dernières en date mais celles qu'avait son père dans un coin. Il était venu jouer régulièrement puis de moins en moins souvent. Beaucoup de petits jeunes arrêtent le jeu après s'être enthousiasmés pour les figurines. Mais là, je savais que ce n'était pas le cas et que le gamin à l'époque était en "échec scolaire" selon les dires d'un de ses camarades de classe. Je demande au blondinet comment il va, s'il joue encore aux figurines. Il a arrêté, elles doivent traîner das un coin. Comment vont ses parents ? Bien, pas un mot de plus. Puis il me demande si je ne cherche pas quelqu'un. Il a déjà travaillé dans une pizzeria. Il est prêt à travailler même pour 200 € par mois. Je lui rétorque que non et par curiosité lui demande son âge. 14 ans. Comment cela se passe à l'école ? Il n'y va plus. Son copain dans sa capuche acquiesce. Il est inscrit dans une école ? Non, personne ne veut de lui. "Que faîtes vous la journée ?" "On se ballade dans les rues". Le jeune dans sa capuche s'impatiente. Il veut partir. Le petit blond me demande si je n'ai pas des pizzas en trop, si je n'en jette pas le soir, si je ne peux pas leur en faire gratos. Non. Mais je leur fais un pain avec un pâton à pizza. Ils l'engloutissent avec de l'huile piquante. "Tiens, tu pourrais faire un apprentissage ? On apprend un boulot et c'est payé.". Il me répond que non car il faut avoir 16 ans minimum. Il me sort avec précision le salaire des apprentis la première et la seconde année. Des clients entrent. "On y va ?". La conversation est coupée, alors ils y vont. Au fond de moi, je me sens impuissant.

Un client conseiller municipal. Je lui fais part de mon désarroi, lui décris les jeunes. Il les connaît. Il bosse dans l'éducation. Il me parle des classes surchargées etc ... Je le coupe et lui demande si on ne pourrait pas faire quelque chose pour ces gosses. Ils n'aiment pas l'école. Ils ont l'air de vouloir bosser (ne serait-ce que pour avoir quelques pièces). Ne pourrait-on pas les mettre d'une façon ou d'une autre dans une formation professionnelle ? Il me parle d'un collège avec trois stages d'une semaine en entreprise. Dans l'année. Ce n'est pas assez. Ce genre de gamin, il faut le plonger plus longtemps en entreprise. Avec un type qui lui montre et qui s'occupe de lui, il progressera et ne glandera plus "dans les rues". J'ai envie de faire quelque chose pour ces mômes. "Les faire travailler au black ?" me demande t-il sournoisement. Non, ce serait trop risqué. En cas de contrôle, il n'y a aucun moyen de justifier la présence d'un jeune de 14 ans dans une cuisine. Là, c'est la case prison assurée et quand on en sort, on est loin de la Rue de la Paix. Nous nous quittons encore sur ce constat d'échec.

Plus tard, une étudiante, joueuse de tennis vient me prendre des pizzas. Elle me parle d'un tas de jeux que je ne connais pas au point que j'en oublie de faire des pizzas. Cette conversation m'a quand même permis d'évacuer une partie de ce début de soirée.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3004
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 31 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 26 Mars 2014, 02:56

Donc deux mots:

Vous êtes vous un jour senti ignare ? Ce soir un gamin de 11 ans m'a retourné sur un sujet où je n'aurai jamais imaginé, me retrouver stupéfait. Une petite conversation avec lui, banale somme toute. Il aime l'histoire. Je lui demande sa période préférée. La guerre de Sécession, chose peu banale pour quelqu'un de son âge. Je me dis qu'ayant quelques connaissances sur le sujet, je vais lui en apprendre un peu. Et là, paf! Il me sort tout. Le noms des principaux généraux sudistes et nordistes (dont certains que je ne connais pas (et avec les prénoms entiers), les batailles dans l'ordre chronologique, le cursus militaire d'Ulysse Grant etc. Je me sens un peu comme un verre d'eau face à un océan. Minable. Je tente d'amener le gamin sur un terrain que je maîtrise pleinement à savoir la BD de cette époque. Et pouf! Il a lu tous les Blueberry plusieurs fois. Les Tuniques Bleues, n'en parlons pas. Il en a même lu que je ne connais pas sur l'époque. Je souris. Sa mère à côté, ne comprend pas grand chose de ce qui est dit. Elle me dit qu'il se passionne pour l'histoire. Il me dit qu'il s’intéresse aussi à la seconde guerre mondiale. Napoléon ? Pas encore, mais il y pense. La Guerre d'Indépendance ? Un peu mais pas assez pour en comprendre trop. Je me dis que j'ai en face un potentiel futur prof d'histoire et je lui tend sa pizza, la main un peu tremblante.

A propos de mains tremblantes, les plus grands animateurs de soirées: les picolos. Ce soir, je ne vous vends pas un picolo, mais deux messieurs dames. Le couple de potes qui arrivent avec un coup dans le nez et qui vient pour boire au comptoir. Il y en a un qui vient souvent en fin de soirée me prendre une bouteille de rosé mais en étant sobre. Une à deux fois par semaine. Là, il est avec un copain. Il est sympa, Kim, tu vois. La conversation file avec des sujets de picolos. Les pizzas ici sont les meilleures, clame haut et fort le copain qui ne les a jamais gouté. Les femmes, il ne faut rien en attendre. Elles ne comprennent rien aux hommes. Sur ce, la copine du copain appelle sur le portable du client qui trop bourré, craint que cela s'entende et courageusement, passe le téléphone à l'autre pour qu'il réponde. "Alors tu vois ma chérie, on est passé au tabac prendre des clopes (le tabac est à 30 mètres de la pizzeria) et on s'est arrêté à la pizzeria car le patron a proposé de nous payer un coup." Le tout avec la voix chevrotante et sans préciser qu'ils sont ici depuis quasiment une heure. Allo ? Elle a raccroché. Elle a dû quelque part comprendre les causes du retard. Les femmes ne comprennent pas les hommes. Le copain me demande où sont les toilettes. Je lui montre mes toilettes où les clients ne vont pas. Je demande au client des nouvelles de sa copine. Ils se sont séparés d'un commun accord. Aller savoir pourquoi. Les femmes ne comprennent pas les hommes. Comme il se fait tard, j'insinue qu'ici ce n'est pas un bar. Le copain monte sur ses grands chevaux. Mais on n'est pas des ivrognes. Nous, on a des sous. Tellement qu'on peut t'acheter cent, voire mille pizzas. Et patati, patata. Le client fait redescendre son pote en lui proposant un verre de rosé et en plaidant l'erreur de compréhension. Le pote s'excuse mais le message, est malgré tout passé. Ils finissent et s'en vont. La copine les attend. Je me dis que les femmes ne comprennent pas les picolos contrairement à eux qui comprennent tout. Même qu'on les attend depuis une heure et demie et qu'on va leur faire la gueule quand ils vont rentrer.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3004
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 31 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 27 Mars 2014, 00:34

Amis de la communication, bonsoir.

Aujourd'hui, je vais vous parler d'un nouveau genre de pub que j'ai reçu sur le profil Facebook de ma pizzeria: La pub vidéo pour votre pizzeria.

En quoi cela consiste concrètement ? L'entreprise vous propose de définir une zone géographique correspondant à votre pizzeria. Les internautes de cette zone pourront voir la pub vidéo de votre pizzeria avant une vidéo Youtube. Ils pourront passer naturellement après 5 secondes de spot. La pizzeria n'est facturée que si l'annonce est visionnée. Est-ce que cinq secondes de spot correspondent à un visionnage ? Rien n'est précisé.

Le plan com est donc fait sur mesure et la diffusion est sur "Youtube, le site vidéo aux 25 millions d'utilisateurs actifs". Pas un mot sur le nombre d'utilisateurs de Youtube dans votre zone qui est peut-être légèrement inférieur à 25 millions à n'en pas douter.

Comme la plupart des pizzerias n'ont pas forcément de vidéos sous la main, l'entreprise vous de choisir parmi 5 vidéos que vous pouvez personnaliser avec des informations relatives à votre pizzeria. Voici les vidéos proposées (via Facebook).

La "vidéo 1"

La "vidéo 2"

La "vidéo 3"

La "vidéo 4"

La "vidéo 5"

Ces vidéos, du niveau des meilleurs Pixar à n'en pas douter, ont un prix (car il faut bien en venir à cet élément essentiel): 390 €. Mais attention, pour ce prix, vous bénéficiez de l'exclusivité de la vidéo "personnalisée" sur votre département. Votre zone d'impact est donc minimum votre département car vous y détenez la primeur. A ce tarif de base, s' ajoutent toutefois des suppléments selon le nombre de visionnages: 100 € pour 5000 visionnages, 200 pour 10.000 etc... Bref 100 € par tranche de 5000 personnes qui verront la vidéo (ne serait-ce que 5 secondes ?).

Donc voilà une nouvelle offre exceptionnelle pour faire fructifier une pizzeria. Bon après, il faut reconnaître que le premier clip s'adresse aux types qui étalent la pizza au rouleau (donc qui n'utilisent pas un laminoir (la machine avec deux rouleaux verticaux) ou étalent à la main) et qui mettent 4 plombes à étaler du coup une pizza et le dernier aux pizzaïolos utilisant un four à bois.

J' oubliais aussi: Ces clips peuvent être utilisés (je cite):
- pour le partage sur les réseaux sociaux
- en présentation d'un site web
- pour illustrer vos mails
- en projection dans une vitrine

Vous allez peut-être du coup voir fleurir ces clips "localement" quand vous irez voir une vidéo sur Youtube, dans l'écran de votre pizzeria, sur Facebook, Twitter and co ou au cinéma. Je sais, cette attente va être insoutenable.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3004
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 31 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 16 Avr 2014, 00:42

La communication, ce nerf de la guerre...

Ce soir, un coup de fil. "Bonjour monsieur, vous êtes le gérant ? Savez vous que votre restaurant a été sélectionné par le guide "Le Petit Fûté" cette année ? Nous vous offrons une plaque émaillée l'attestant contre 99 € ?". Par curiosité, je vais sur le site du "Petit Fûté". Effectivement, je suis recommandé. Comme 90 autres restaurants sur Périgueux, soit 90% si ce n'est plus de ceux de la ville. Sur certains, des gens donnent des notations. Sur mon avis rien. Le guide donne son avis sur mon commerce: Que des trucs qu'on peut trouver dans les articles où je suis apparu. Et de grosses erreurs. Selon eux, mes pizzas commencent à 15€ côté prix (quand ma plus chère est à 13). Je suis un "restaurant" avec les trois tabourets devant mon comptoir plein de boîtes à emporter. Je fais du 100% halal alors que mon jambon, mon chorizo et mes lardons sont pur porc garanti. En bref, les types ne sont, pour moi, jamais venu sur place. Sur leur site, quand on clique sur le numéro du restaurant, on tombe sur un 08. Le site précise qu'ils mettent en relation avec le restaurant. De façon payante comme pour le téléphone rose. De vrais "petits fûtés" donc.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3004
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 31 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 24 Avr 2014, 00:58

Ce soir un client militaire est passé. Il est caporal et est parti en déplacement. Il s'occupe de jeunes recrues. Je pensais qu'il y avait peu de personnes désirant s'engager mais en fait non. 400 par mois dans le centre où on l'a envoyé. Pas autant de postes. Pour lui, ils s'engagent surtout pour l'argent. Du coup, il est sans pitié. Il faut écrémer alors il écrème. Il me raconte que le premier jour, il demande aux engagés de lui remettre leur portable. Pas de téléphone pendant trois jours et pour montrer l'exemple, il met le sien dans la panière. Ceux qui refusent parce qu'il faut qu'ils téléphonent à leur copine, il les autorise à téléphoner à leur chérie. Pour lui dire qu'ils reviennent aussitôt. Ensuite, du classique. On passe dans les chambres. Un petite truc qui ne va pas dans l'armoire, boum, tout va par terre. Il faut éprouver pour garder ceux qui au bout auront résisté et seront les meilleurs. Le soir, quand quelque chose ne va pas, hop, petite marche d'une dizaine de kilomètres avec le paquetage. Après seulement, on peut manger. Un de ses grands plaisirs aussi: les pompes. Les gars mettent leurs mains au centre et font un cœur avec leurs mains. Ensuite, on descend et on remonte en rythme. Il y a aussi les tranchées qu'on leur fait creuser, les nuits dehors sous la bâche. Bref, toujours le traditionnel des classes militaires.

Tout cela peut paraître sadique mais en fait, ce n'est rien comparé aux légionnaires. Les légionnaires, c'est des fous à côté. Les gars qui s'y engagent, ont des choses à fuir. Ils changent d'identité, n'ont rien à perdre, donc en chient beaucoup plus. Lui, il avait fait deux mois de "stage" avec des légionnaires. Après deux jours, il avait appelé son chef pour lui demander quand est-ce que cela se terminait. Et parmi les trucs cools qu'on lui avait fait subir, il y avait la poignée de sable avant le repas. Il fallait juste compter le nombre de grains de sable avant d'aller manger. Au moindre signe de rébellion, une poignée de sable en plus. Pourtant, dans le civil, il n'est pas comme ça. Surtout avec son gamin. Mais avec son uniforme, il doit être dur. Alors ...

Cette rencontre me remet en tête des chansons militaires que je me mets à chanter. Un client passe et me trouve d'humeur joyeuse. Je lui évoque la personne précédente et les souvenirs que cela remontent en moi. A l'époque, j'étais parti à St Cyr faire mes classes avant d'avoir un CDD d'officier spécialiste. Les classes s'étaient mal passées. J'avais eu des problèmes avec mes supérieurs mais j'avais tenu bon jusqu'à la fin (pour au final ne pas être pris). Une des choses étranges durant ces trois mois de classes, tient au fait que jamais, je n'ai été capable de marcher au pas. Le pas, c'est quelque chose de trés bête. Il faut juste marcher en cadence avec les autres. Or, jamais, je n'ai réussi à le faire et ce même avec la meilleure volonté au monde. Plusieurs fois, on m'a pris à part pour me faire travailler le pas mais jamais, je n'ai réussi. Une question de rythme peut-être. A la fin, je répétais avec les autres le défilé même si je ne devais pas défiler au final. Comme j'étais de semaine (j'avais des petits trucs à faire "administratifs"), j'arrivais à la bourre aux répétitions sur un vieux vélo. Je me mettais dans le rang mais trois minutes plus tard, le commandant qui regardait le défilé de loin, me faisait appeler car mon pas n'allait pas. D'où il était, il ne savait pas qui il appelait mais quand il me voyait arriver, il poussait un "Ah". Le cas désespéré. Du coup, je regardais les autres en parlant avec le commandant et les autres officiers d'autres choses. Des souvenirs. Un peu comme une madeleine de Proust. En un peu plus musclé toutefois.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3004
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 31 fois
a été noté: 34 fois

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 28 Avr 2014, 23:51

Un des grands évènements du quartier où j'exerce, est la Fête à St Georges (du nom du quartier). Cette fête est la plus grande de Périgueux. Durant quatre jours (cinq cette année avec le 1er mai), toute la rue voisine de ma pizzeria est envahi de manèges. 1000m de forains parfois des deux côtés de la rue bouchée pour cette occasion. A 20 mètres de mon commerce, se trouve LE gros manège à sensations. Je vais être honnête sur un point: Durant cette période, je travaille bien. Je suis certes aux premières loges vis à vis de tout ce qui est musique festive mais mes affaires se portent bien et je croise chaque année les doigts pour qu'il ne pleuve pas. Ma clientèle alors se constitue des habitués mais aussi des forains.

Comme aujourd'hui, les premiers camions sont arrivés dans la rue, j'ai eu droit à mon premier client itinérant. Il me parle de la fête. C'est une bonne fête globalement. Il y a certes une baisse de fréquentation due au porte-monnaie moins rempli de façon générale mais elle reste correcte. Pas comme celle de Bergerac. L'an dernier, là-bas, il y avait eu de la pluie. Il n'avait pas carburé du coup. Cette année, que du beau temps et un chiffre d'affaire exactement comme l'année passée. A croire qu'il n'y a que des vieux là-bas.

Plus tard, un manager du Mc Do de Bergerac et naturellement bergeracois. Pour lui, le prix des manèges joue aussi mais il est aussi vrai qu'à Bergerac, il n'y a pas beaucoup de distractions: Un laserquest, un karting (fermé une partie de l'année) et une boîte où plein de petits kékés viennent vous chercher des merdes pour peu qu'on les regarde mal. Du coup, oui, on s'y emmerde et on a tendance à rester chez soi. Et pour sortir, on va faire la fête loin, c'est à dire Bordeaux dans son cas. Nous parlons business. Il bosse pour le géant du hamburger depuis trois ans. Il a fait des stages ici et là. Aux Etats Unis où une des choses qui l'avait frappé était qu'il n'y avait pas de rush dans son lieu de stage. Chez nous, enter 18H30 et 21H00, tout le monde arrive en même temps et les autres moments sont creux. Là-bas, les ventes étaient régulièrement étalées. Autre endroit, autres mœurs. Dans son Mc Do, ils essaient de mettre du service. Oui, il y a des bornes automatiques mais une personne amène les commandes à la table du client. Il est allé voir un Mc Do du côté d'Agen où en revanche tout est quasiment automatisé. Pas de caisse que des bornes. Les clients prennent un ticket comme quand on attend au supermarché et viennent quand ils sont appelés, commander. En cuisine, des machines qui mettent sur tapis roulant les buns et seulement trois personnes qui s'occupent des différents burgers et des frites. Tout est fait à la demande. Il n'y a plus de burgers préparés à l'avance et tenus au chaud sur les rails derrière la caisse. Dans ma tête, instantanément, je pense à trois choses: Moins de frais de personnel, peu de pertes, une rentabilité maximale. Au prix de l'humain car bosser à la chaîne à trois, n'est pas le plus motivant.

Pour finir, des pères de familles mécontents. Ils n'ont plus la garde de leur(s) enfant(s) et cela se passe mal, c'est à dire des batailles devant les tribunaux. L'ex de l'un d'eux a déménagé sans lui dire où elle allait. Il a trouvé la nouvelle école de son petit et quand il y est allé, on lui a dit qu'il n'y avait personne avec le prénom du petit (un prénom peu courant). Du coup, il est parti voir la police et est revenu avec eux. Son ex est arrivée, tout un scandale. Il porte plainte maintenant contre la maitresse et la directrice qui ont empêché son droit parental. Après, demain, ils ont une manifestation spontanée pour mettre en mettre en valeur leurs droits de pères. Le type qui lance la manifestation les a appelé tout à l'heure. Ils prennent les pizzas et vont le rejoindre pour commencer à faire les pancartes et banderoles. Toute une histoire donc.

Kim
Avatar de l’utilisateur
Kim
Torréfacteur
 
Message(s) : 3004
Inscription : 18-09-2004
Localisation : Périgueux
a noté: 31 fois
a été noté: 34 fois

PrécédentSuivant

Retour vers Poubelle



Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité

cron