[EXPO] Valadon - Utrillo

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[EXPO] Valadon - Utrillo

Message non lupar féfé » 08 Juil 2009, 12:16

Comme je suis allé voir cette expo à la Pinacothèque de Paris, je me suis permis de faire un petit compte rendu pour ceux que ça intéresserait. Bon, c'est la première fois que je fais ça alors soyez indulgent, hein :oops: :D

J'ai utilisé les infos fournies pendant l'expo et wikipedia.

Valadon Utrillo

Résumé de l'exposition - 08/07/2009

C'est l'histoire d'une des plus curieuses associations de l'histoire de l'art. L'histoire d'une mère et de son fils, à la fois complémentaires et antagonistes.

Susanne Valadon né en 1865. Jeune fille de caractère, elle s'essaie dès l'âge de 15 ans à une carrière d'acrobate, avortée 6 mois plus tard à cause d'une mauvaise chute. Passionnée de peinture, elle devient ensuite modèle de Degas, Toulouse-Lautrec ou encore Renoir (dont elle fût l'amante, malgré leur 30 ans d'écart). Plus tard, elle s'essaye au dessin avec succès, jusqu'à devenir peintre elle-même. Suzanne Valadon sera la première femme à entrer à la société nationale des Beaux-Arts et l'une des premières à être reconnue en tant qu'artiste. Elle deviendra de fait une icône de l'émancipation de la femme. Elle meurt dans son appartement parisien en 1938.

Maurice Utrillo, né en 1883, de père inconnu alors que Suzanne est âgée de 18 ans (le nom Utrillo était celui de l'amant de l'époque de Suzanne). Il passe son enfance sous la garde de sa grand-mère. Enfant taciturne, renfermé et en proie à de violents accès de colères, il sombre dans l'alcool rapidement, dès l'âge de 18 ans et enchaîne les séjours à l'asile psychiatrique. Il découvre la peinture avec Alphonse Quizet à partir de 1910 et vit de son art, en échangeant ses toiles contres des litrons de vins (d'où son surnom de « Litrillo » ). Lorsqu'il est à court d'alcool, il boit tout ce qui est à sa portée: térébenthine, alcool de lampe à brûler... Et même lors de ses séjours à l'asile, lorsque sa mère lui demande où sont ses toiles, il prétend qu'on les lui vole alors qu'il les échange contre du vin. Au sommet de son art (entre 1910 et 1916), il trouvera néanmoins le succès et sera décoré de la légion d'honneur en 1920, avant de sombrer une nouvelle fois, artistiquement et psychologiquement. Il meurt en 1955.

C'est Suzanne Valadon qui donne le goût de la peinture à son fils. Influencé par les impressionnistes, Utrillo se met d'abord à peindre des paysages. Il fait la rencontre de André Utter. Une garçon de son âge qui deviendra le compagnon de Suzanne Valadon, malgré leur différence d'âge. Utrillo se sent trahi par son ami et par sa mère, cette relation ne fait qu'empirer son état psychologique. Il décide de s'installer à Paris et commence à peindre les rues de Montmartre, c'est là que commence sa « période blanche ». Ce surnom vient de la couleur des ciels dans les toiles d'Utrillo. Cette texture blanche, laiteuse, typique du climat parisien. Mais il n'y a pas que les ciels, les murs sont blancs, sablonneux (l'artiste ajoutait du plâtre dans sa peinture pour rendre la texture de la pierre), le rues semblent plongées dans un éternel brouillard. Lorsque le ciel est bleu, c'est pour mieux mettre en valeur le blanc des facades, jamais de couleur vive, exceptée un mur rouge (celui du vin ?) ou une porte verte de temps en temps. On croise parfois une silhouette anonyme qui déambule au loin, mais toute humanité semble absente des rues de Paris. Evidemment, un sentiment oppressant se dégage de cette période. Paris, ville fantôme, ici le blanc contraste avec la noirceur de l'esprit du peintre.
A force de vendre ses tableaux aux cafés de la capitale, Utrillo se fait remarquer des collectionneurs et en quelques années, sa peinture prend une valeur considérable.

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Dès ses débuts, Suzanne Valadon rencontre du succès auprès de ses amis peintres et Degas lui lancera même un : « Vous êtes l'une des nôtres ! ». Peintre autodidacte, atypique, elle était connue pour ses manies telles qu'avoir une chèvre dans son atelier pour lui donner à manger ses mauvais dessins ou encore nourrir ses chats avec du caviar le vendredi. Elle réussit rapidement à vivre de sa peinture et à se mettre à l'abri financièrement, elle et Maurice. Mais lorsque son fils commence son ascension vers le succès, elle s'éclipse, stoppe presque toute sa production pour endosser le rôle de « conseillère ». Mais brutalement après sa période faste, Utrillo décline et passe du statut de peintre reconnu à celui de peintre médiocre. Il s'enferme dans ses paysages urbains et peine à se renouveler.
C'est à ce moment que Suzanne Valadon reprend le flambeau. Elle retrouve sa production d'antan puis la surpasse de loin.

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Si les personnalités de Valadon et Utrillo semblent complémentaires, leurs peintures liées par un lien invisible, leurs styles sont diamétralement opposés. Là où Utrillo choisit de représenter des sujets « morts », voilés de brume, Valadon nous livre une peinture colorée, attachée aux sujets humains et à la nature « vivante ». Le style est naïf, mais réaliste. Couleurs vives, touches éparses, cernés noirs, la peinture de Valadon exprime une vision du monde empreinte d'optimisme et de poésie. A deux styles de vie différents, deux peinture différentes. Ici, la comparaison est flagrante. Entre Suzanne, qui a largement profité des joies de la vie dans sa jeunesse, croquant celle-ci à pleines dents et Maurice, éternel dépressif, alcoolique, sans cesse en conflit avec lui-même. Chacun sera touché par le style qui lui convient le mieux.

Personnellement, le côté « doucement tourmenté » d'Utrillo m'a beaucoup ému. On sent la détresse de l'artiste, mais il n'y a pas de surenchère. Pour moi c'est un tour de force de faire passer autant d'émotions avec des sujets et des couleurs si simples, un peu comme quand Kubrick détourne le blanc de sa symbolique originale dans Shining, pour en faire un élément oppressant. Ici le blanc, les rues vides, symbolisent l'absence; l'absence d'émotion, de joie et par conséquent, la tristesse.
Mais au-delà de ça, les parcours simultanés et complémentaires du fils et de la mère sont biens mis en parallèles. Une expo sympa, si on aime la peinture parisienne du XIXème, mais sinon la vie et la personnalités des deux artistes sont assez passionnantes également.

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PS aux modos: Je sais pas trop si c'est la bonnes section, j'ai hésité avec "artistes etc..", mais ça traite plus de l'évènement que des artistes en eux-même, donc voilà... Je vous en voudrais pas si vous déplacez mon sujet :D
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