Kim

Moderator
Messages
3,041
Score de réaction
2
Points
38
Je déteste ces veilles de concours.

Demain, je ferme la pizzeria pour participer aux sélections du championnats de France de pizza. Même si cette année, j'y vais pour faire le show déguisé en Dark Vador, je ne peux m'empêcher d'être anxieux. Demain, je vois les copains avec qui je pars là-bas. Il faut qu'on mette au point la "chorégraphie" (le "je t'étouffe" façon Dark Vador dans le premier film et le coupage de pizza au sabre laser).

Et outre les questions matérielles (comme les tables à prendre, la gestion de la glacière, de la musique etc.), toujours les hésitations sur la pizza. Ma pizza est-elle prête ? Comment je pourrais l'améliorer ? Est-ce que je ne vais pas trop me planter quand je vais faire ma pizza avec le casque de Dark Vador qui réduit considérablement mon champ de vue ? Avec les épaulières et toutes les autres pièces plastiques qui modifient mon amplitude de mouvement ?

Je me sens comme un comédien avant le lever du rideau. Et toutes les réponses viendront lors de la prestation, pas avant.

En attendant, côté com, 3 articles et une interview radio avant l'évènement, ce n'est pas si mal.

Kim
 

Kim

Moderator
Messages
3,041
Score de réaction
2
Points
38
Aujourd'hui Halloween et des vampires, et des squelettes, et des sorcières qui viennent chercher des pizzas ... Pardon, des bonbons. Le kilo et demi de fraises Tagada disparaît rapidement. J'accompagne même quelques fantômes chez la voisine, la mamie d'à côté. Étrangement, elle donne des sucreries aux enfants mais pas au pizzaïolo. Je ne dois pas faire assez peur.

Un client ensuite. D'habitude, il est couvert de la tête au pieds quand le froid arrive. Là, non. Il fait encore chaud, même si le froid tombe rapidement. Nous parlons des fêtes, de ce qui ressemble à Halloween en Allemagne, dans le Nord ... Cela me fait penser cette fête des nègres qu'on célèbre aux Pays Bas. Et la conversation dévie sur l'esclavage. Le client m'apprend que l'esclavage n'a pas été aboli au même moment dans les DOM TOM. J'ose le fait que cela est peut-être dû aux transports, au temps que la nouvelle se répande. Il me répond que non. Il m'apprend que l'esclavage avait été aboli sous la révolution mais que Napoléon l'avait rétabli hors de France pour des raisons à l'époque économique. On parle ensuite de la Réunion, la Guadeloupe et la Martinique et des différences d'intégration dans ces trois îles.

Plus tard, une cliente quasi quadra. Une mère célibataire qui vient de se trouver un copain, plus vieux qu'elle et c'est le bonheur depuis un mois. Comme nous nous connaissons bien, je lâche une blague sur les masochistes et là, elle me confie qu'elle est sortie avec un masochiste. Elle l'avait rencontré via un site de rencontre, un homme qui se présentait comme un peu coquin. Ils sortent ensemble et arrivés dans le lit, le gars lui demande de le fesser. Elle est gênée car ce n'est pas son trip. Alors, sans trop savoir comment faire, elle lui donne un coup, deux coups puis elle s'excuse car non, elle ne peut vraiment pas. Nous en rions tout le long.

Pour finir, trois jeunes. Leurs yeux sont éclatés. L'un porte un t-shirt pro-cannabis. Les trois sont un petit peu au ralenti ayant un peu forcé sur les herbes de Provence. Ils commandent des pizzas. L'un d'eux veut une bouteille d'oasis qu'il sort du frigo. Son copain lui sort qu'un coca s'est mieux. Mais non, il veut de l'oasis. L'autre lui dit que l'oasis va mal avec le whisky. Tergiversations. La bouteille d'oasis est remplacée par du coca. Le gars avec le t-shirt paie tout. Il incite celui qui aime l'oasis à prendre finalement une bouteille en plus. L'autre ne veut pas. Il lui doit déjà trois euros et trois euros de plus (le prix de la bouteille), c'est trop. Ils s'en vont avec les pizzas vers une fête ailleurs où il y a du whisky. Et en bon invités, ils amènent le coca, pas l'oasis. Quoi que cela passe peut-être bien le whisky-oasis. Faut voir.

Kim
 

Kim

Moderator
Messages
3,041
Score de réaction
2
Points
38
Depuis deux semaines, j'ai un stagiaire. Le stage est prévu pour un mois et pour l'instant, je n'ai pas trop à m'en plaindre. Il est toujours à l'heure, il travaille. Ce stage est dans le cadre de ses études: Un CAP pour devenir agent de restauration collective. En deux mots, un type qui bosse dans une cantine. Quel est le rapport entre la pizza et une cantine ? Rien hormis le fait qu'il doive faire un stage dans de la restauration rapide. Et la pizza, c'est de la restauration rapide.

D' entrée, je lui ai fixé l'objectif du stage: A la fin, il devra me faire une pizza originale. Une création. Le truc qu'on ne demande pas trop dans les cantines. Pour l'aider, je lui ai imposé un ingrédient: le citron noir séché, chose qu'il ne connaît absolument pas.

La première semaine, je lui ai montré les bases de la pizza: étaler la pâte, faire une pizza, faire une calzone, faire la pâte à la main dans une bassine, la faire au pétrin, etc. Le tout dans une ambiance assez relax. Pour lui montrer comment on calibrait la pâte et qu'on la "boulait", je lui ai dit d'imaginer que les deux boules qu'il tenait dans ses mains, étaient les seins d'une filles et qu'il les malaxait. Peut-être était-ce la comparaison mais mon ado de stagiaire a vite saisi le mouvement. A la fin de la semaine, je l'ai emmené voir le concours de pizza qui était sur Périgueux et auquel je n'avais pas souhaiter participer. Cela lui a permis de voir des choses liées à la pizza.

En deuxième semaine, j'ai abordé avec lui tout ce qui avait attrait à l'hygiène et j'ai commencé à le mettre en autonomie. Il devait faire ses pizzas tout seul, sans que je l'aide, en assumant les premières erreurs de pizzaïolo telles les pizzas trouées qui se déchirent dans le four ou la gestion de la cuisson en même temps que la fabrication des pizzas suivantes (ce qui implique inévitablement la pizza brûlée dans le four). En parallèle, j'ai commencé à le guider sur la création de sa pizza. Il a testé le citron noir séché, l'a défini en terme de goût et de puissance et a commencé a envisager des ingrédients avec lesquels il pourrait l'associer. Je lui ai introduit d'autres produits pouvant lui donner de nouvelles saveurs (En l' occurrence, trois pommes: une golden, une gala et une granny smith). Je l'ai sensibilisé à la notion de texture, de croquant d'un aliment entre un poivron vert frais et un cuit, tout en lui montrant qu'un ingrédient peut être totalement différent si on le met à cuire avant ou si on le pose après la cuisson de la pizza. Je lui ai donné aussi du travail à faire à la maison autour d'une crème à faire avec le citron noir. Je le fais aussi chercher des choses via internet. Si au début, il s'agissait d'infos relatives à la pizza, maintenant, cela se dirige plus vers des façons de cuisiner. Je ne suis pas un cuisinier et il n'utilisera sûrement jamais ces recherches en collectivité mais j'essaie de l' intéresser.

La semaine prochaine, je vais continuer à lui montrer des pistes. Il va commencer à affiner sa pizza qu'on commencera en fin de semaine à faire goûter à la clientèle, histoire d'avoir des retours extérieurs. Côté pizza, je vais essayer de l'emmener chez des collègues qui travaillent avec un four à bois, un laminoir et qui cuisent sur plaques.

Normalement, la dernière semaine se focalisera sur le création de la pizza tout en faisant les commandes au quotidien et en le laissant de plus en plus en autonomie. Il faut que je trouve un jury qui lui critiquera sa pizza. Pour finir, il y a une chose que je souhaiterai lui faire faire: Du social en lui faisant faire des pizzas pour une cause. Je vais essayer de voir si il n'y aurait pas moyen de faire des pizzas pour les restaus du coeur, des pizzas simples comme de simples marguaritas.

Voilà

Kim
 

Kim

Moderator
Messages
3,041
Score de réaction
2
Points
38
En dix jours, la concurrence a augmenté prés de ma pizzeria. Pif paf, deux pizzerias ont ouvert dans un rayon de 1000 m autour de mon commerce. Toutes les deux font des pizzas à emporter sans livraison, comme moi. L'avantage est que comme elles sont à 50 m l' une de l'autre, elles vont être en concurrence directe. Je suis allé voir les deux en me présentant.

Le premier est le moins bien placé des deux car il se situe en plein dans une montée où ce n'est pas très facile de s'arrêter. Néanmoins, il le sait et prévoit de faire une place d'arrêt devant chez lui. Le gars est sympa. Naturellement, il me propose de venir boire un coup. Son père est propriétaire du local. Cela fait longtemps qu'il est sur Périgueux. Il a des contacts ici et là, notamment avec le club de basket. Au niveau de sa carte, il vend des pizzas pas chères (son premier prix, sa margarita est à 6€50 la 33cm). Il a commencé à se prendre la tête avec l'autre gars qui est venu le voir. Ils ouvrent à 50 m l' un de l'autre, c'est le jeu. Il vend des vins un peu plus cher que moi mais vend aussi des cubis. Il a 5 gamins et une femme. Son but, c'est de gagner de quoi vivre. En ne se prenant pas trop la tête. Dans sa pizz, tout n'est pas nickel côté installation mais cela va venir. Je lui donne des conseils sur ses bacs. Honnêtement, en passant chez lui, j'ai passé un bon moment. A la fin, je lui dis que si à un moment, il est en rade d'un produit, je le dépannerai volontiers.

Le second est prés du rond point mais il n'y a pas beaucoup de place pour s'arrêter. Avant lui, il y avait une sandwicherie que a tenu 2 mois. Encore avant, un kebab. Il y a beaucoup d'investissement. Même si il n'y a la place que pour dix personnes en place assise, tout a été refait à neuf. Le matos à l' intérieur resplendit. Four à bois top qualité à n'en pas douter. Je me présente mais le gars me connais déjà: Il y a quelques mois, il était venu à ma pizzeria pour me demander si je n'embauchais pas. Après, il avait bossé chez un autre pizzaïolo à emporter. Il travaille avec sa femme. Sur sa carte, il n'utilise que du produit de qualité: mozzarella de bufflonne, artichauts marinés et ventricina (comme moi), asperges vertes sur sa quatre saisons. Son premier prix est à 9,50 € la margarita de 26 cm. Ils ont une offre avec un prix à 7€50 la margarita, à côté de sa carte. Son positionnement est la pizza de qualité. Comme deux autres pizzerias ouvertes il y a moins d'un an en plein centre de Périgueux. La différence est que lui, il n'est pas au centre de Périgueux. Je lui souligne que ce n'est pas forcément trés facile de se garer dans le coin. Si. Il y a le gros restaurant chinois de Périgueux pas loin. Si les gens trouvent la place pour se garer pour y aller, ils la trouveront pour venir chez eux. je ne suis pas sûr que les gens qui vont dans un chinois à volonté, soit les mêmes que ceux qui vont dans une pizzeria grand luxe. Côté expérience, il a eu deux affaires avant. Deux pizzerias. Une pizzeria à emporter où "mon mari" a gagné beaucoup d'argent avec des employés et tout et tout. Puis une pizzeria de qualité dans un village où ça marchait bien. Innocemment, je leur demande pourquoi ils sont partis alors. Ils ont dû partir pour venir à Périgueux.

Quand on parle, un gars entre et demande quand est-ce que c'est qu'ils ouvrent. Il est passé quelques fois à ma pizzeria. Il n'est pas trés argenté. Il me salue d'un "Salut Chef" et me demande si c'est moi le patron. Je lui répond que oui, d'ailleurs je suis le patron de toutes les pizzerias de Périgueux avant de lui expliquer qu'en fait, je ne viens que pour me présenter aux nouveaux venus. Quand il part, je dis aux collègues que la clientèle du quartier est plus proche de ce type globalement que du friqué, que certains viennent pour voir le frigo à boissons plus que les pizzas. Ce genre de clients, ils n'en veulent pas, dixit la femme et puis eux, ils ne se fournissent pas à Métro. Ils ont de l'alcool de qualité. Je leur réponds qu'à Métro, on trouve de tout comme alcools, même des vins italiens de qualité. Je me tais sur le fait que la bière italienne qu'ils vendent dans leur frigo, est une marque qui se trouve à Métro. Je les informe que les mois les plus durs, sont par expérience, les mois de Janvier Février et leur souhaite bonne chance. Avant de partir, voyant le ventre arrondi de la femme, je demande pour quand est l'accouchement. Février. Ah. Je les quitte sans leur proposer de les dépanner en cas de problème. Comme 90% des pizzaïolos de Périgueux, je ne travaille pas avec de la mozzarella de bufflonne au quotidien.

Pour finir cette chronique sur les pizzaïolos du coin, cet aprés- midi, je suis passé voir un collègue qui bosse avec un four à bois. Je lui ai demandé si demain, je pouvais venir avec mon stagiaire, histoire de montrer à ce dernier comment on bosse avec un four à bois. Je souhaitais connaître les horaires où cela le dérangeait moins et il m'a rétorqué que je pouvais amener le petit n'importe quand le midi. Enter deux mots, il me sort qu'il a été embêté un soir car il était tombé en rade de fromage. Il avait tenté de m' appelé mais c'était un Dimanche et étant donné que je suis fermé ce jour là depuis début octobre, sa demande était tombée dans le vide. Du coup, il avait fait quatre pizzas avant de devoir fermer. Je lui donne mon numéro perso en lui signalant que, sauf si je ne suis pas sur Périgueux, je le dépannerai avec plaisir. En y réfléchissant maintenant, je m'aperçois que je connais beaucoup de collègues avec qui j'ai un bon rapport et qui m'aideraient tout comme je les aiderai. Peut-être parce qu'on ne travaille pas avec de la mozzarella de bufflonne au quotidien.

Kim
 

Kim

Moderator
Messages
3,041
Score de réaction
2
Points
38
On a tous eu un grand moment de solitude et c'est ce qui m'est arrivé à la pizzeria.

La journée commence bien. J'arrive en même temps que mon stagiaire. Je débarque les boîtes de sauce tomate de ma voiture et laisse le petit faire la mise en place pendant que je vais me garer. La soirée se passe sans problème avec comme à chaque fois le lot de clients sympas avec qui tout se passe bien. Puis vient la fin de soirée. Avec le petit, nous entamons la fin de soirée en commençant notre ménage. Deux gars rentrent dans la pizzeria sans que je les entende. Ils ont garé leur voiture devant la pizzeria et me demandent à qui appartient la BMW garée non loin. Je leur réponds que c'est celle du petit voisin. Ils pensent malgré tout que c'est celle d'un Jo, un de leur copain. Ils sortent et vont au restau à côté pour voir si "Jo" ne s'y trouve pas. Je commence à jeter l'eau pour mes sols et là, ils reviennent encore une fois dans mon dos. Cette fois ci, ils me demandent de passer par la porte de derrière pour aller sonner chez "Jo" (ou mon voisin dans leur tête) parce qu'il n'y a pas de sonnette devant. Je leur réponds que ce n'est pas possible (même si en fait, il y a une porte). Et puis, le voisin ne s'appelle pas "Jo". Mais quand même. La BMW appartient au père à "Jo" qui habite dans les immeubles pas loin. Je leur indique un bloc de résidences HLM situé non loin. Ils partent.

Puis, le coup de speed. Alors qu'on s'apprête à fermer, impossible de trouver les clés. On regarde partout avec mon stagiaire, rien sous les meubles, rien dans la caisse, sur le meuble de la caisse, nada de chez nada. On essaie de se rappeler où on les a vu pour la dernière fois. "Sur le comptoir" me sort le petit. Et là, je me dis que putain, ça se trouve, c'est les autres cons. Je téléphone à mes parents qui ont le double de la clé. Impossible de les avoir. Je réveille un voisin pour qu'il aille leur dire que leur téléphone est mal raccroché et qu'ils m'appellent immédiatement. Je vais voir le voisin qui a la BMW en réveillant au passage sa belle-mère qui travaille tôt le lendemain et je l'informe de la venue des gars ainsi que de leur insistance face à sa voiture. Il décide de m'aider à "bloquer" la porte. On déplace mon frigo à boisson devant cette dernière, on pose des balais et raclettes derrière en appui sur le comptoir derrière. On fait des essais et à moins d'être à dix, impossible de bouger la porte. Ma mère arrive, je ferme la porte à clé avec le double, emporte ma caisse puis file à la police. Là, un policier en train de discuter de choses sûrement plus graves avec une femme, prend note de mon problème, téléphone aux patrouilles en leur conseillant de jeter un oeil attentif à mon commerce. Rien ne garantit que cela marche m'affirme t-il mais c'est une sécurité.

Je sors du poste de police. Je m'installe dans ma voiture, puis, alors que je vais retirer mon frein à main, je note un truc qui brille pas loin. Je regarde: Mes clés. Je les avais embarqué en début de soirée et elles avaient dû tomber prés de mon frein à main. Grand moment de solitude. Beaucoup de bruit pour rien.

Kim

PS: Mardi, je fais avec mon stagiaire 50 pizzas pour les restaus du cœur. Pour les SDFs de Périgueux qui y mangent sur place, dixit le gars que j'ai rencontré.
 

Kim

Moderator
Messages
3,041
Score de réaction
2
Points
38
Aujourd'hui, ma mère a perdu sa chatte. Elle était sortie la veille et contrairement à ses habitudes, n'était pas revenue. Du coup, aujourd'hui, je l'ai aidé en l'appelant ici et là, dans leur quartier. J'ai fait des affiches avec sa photo qu'on a ensuite posé un peu partout. C'est étrange cet attachement qu'on a vis à vis des chats et le manque qui en ressort. Une présence n'est plus là soudain. Je me demande qui peut prendre un chat (car c'est plus ou moins l'idée qui prévaut dans ma tête). Je me dis que cela doit être horrible pour des parents quand ils perdent un enfant. J'avais vécu une partie de cela quand j'avais perdu mon frère à 7ans. Il était né handicapé et était mort un jour d'Avril dans l'institut qui l'accueillait. Même avec l'âge et l'habitude des "deuils", cela marque toujours autant.

A part cela, la professeur référente est venue pour évaluer mon stagiaire au travail. Elle a posé tout un tas de questions que je devais remplir avec elle. Des trucs assez inadapté au contexte comme "Faire des plats sans gluten" (Je n'ai eu qu'une fois une personne qui mangeait sans gluten et elle m'avait amené une farine spéciale pour faire la pâte la veille) ou "Quelles suggestions aurait-pu faire le stagiaire pour décorer la pizzeria de manière esthétique ?". Hormis faire pendouiller une guirlande entre les dalles coupe-feu du plafond, il n'y a pas grand choix. J'ai vite montré à cette membre du corps enseignant que pas mal de questions ne s'appliquaient pas ici (comme la notion d'intégration à une équipe quand on est deux à travailler sur place ou le nettoyage avec des machines pour le sol (Chez moi, on nettoie à la brosse et à la raclette)). A la fin, j'ai fini par mettre les dernières réponses tout seul. Le petit a carburé du coup au niveau note.

En fin de soirée, on a un peu parlé avec le petit. En toute honnêteté cette fois. Je lui ai demandé ce qu'il comptait faire une fois son CAP de restauration collective en poche. Chercher du taf. Je lui ai répondu que je pensais qu'il n'allait pas en trouver. Il est dyslexique et pas forcément trés rapide sur des questions comme les maths ou le français écrit. Il me lâche soudain qu'il compte monter un camion à pizzas. Pas encore car il n'a pas les compétences pour cela. Il est un peu effacé en personnalité. En revanche, deux idées me viennent à l'esprit: D'abord le bon vieux boulot à Mc Do. Rien ne vaut 6 mois de Mc Do sur un CV. Le gars qui a bosser pendant 6 mois en faisant un job alimentaire de ce type, avec une bonne pression, des équipes en sous-effectifs etc ... Après, il peut faire beaucoup de choses. Si il est promu manager, alors c'est le pompon. Dans des entreprises comme Mc Do, on s'en fout de vos diplômes. Ce qui compte, c'est votre efficacité. La seconde idée, était l'armée. Là, pareil. Les diplômes sont secondaires. Le petit est sportif. Il fait des matchs de foot avec son club tous les week-ends. Il est sérieux. Pas trop dépendant des nouvelles technologies ou d'une copine. Cela pourrait coller. Je lui parle des classes, de toutes ces joyeusetés comme dormir sous un abri de fortune en se caillant les miches, creuser des tranchées, voir ses affaires ou son lit par terre car c'est mal repassé ou mal plié, les pompes, etc... Tout ce qui est fait pour saper le moral et ne prendre que les meilleurs. Cela ne l'effraie pas plus que cela. Sa journée d'appel s'était bien passée. Il avait même fait une course d'orientation sur une journée à l'école de police. Alors l'armée, pourquoi pas ? Pour clore la soirée, je finis en lui gueulant dessus comme un sergent et en le speedant pour le nettoyage. Un avant goût du treillis en quelque sorte.

Kim

PS: 3615 Ma vie, sujet où on raconte pas grand chose, vient d'être épinglé au niveau de la poubelle. La reconnaissance des petits riens sur le CFSL ?
 
New Member
Messages
793
Score de réaction
0
Points
0
Kim":3jj4mr8g a dit:
PS: 3615 Ma vie, sujet où on raconte pas grand chose, vient d'être épinglé au niveau de la poubelle. La reconnaissance des petits riens sur le CFSL ?

C'est plutôt calme côté modérateurs en ce moment. J'ai donc passé pas mal de temps à purger la liste d'attente d'approbation ... Je me suis alors rendu compte que certains sujets épinglés n'étaient plus alimentés depuis 1 voire 2 ans. J'en ai donc basculé certains en standard vu que personne s'y intéressent et qu'ils ne contiennent pas de recommandations pour le forum.
J'en ai aussi profité pour épingler le plus actif : 3615 Ma vie.
Personnellement, j'adore tes messages. Je les lis souvent et je me suis promis que le jour où je passe à Périgueux, j'irai manger une pizza chez le bonhomme qui écrit si bien les petits riens de notre quotidien.
 

Kim

Moderator
Messages
3,041
Score de réaction
2
Points
38
Aujourd'hui, fin de stage. Et pour l'occasion, j'avais acheté du champomy. Une galère aussi. Juste avant d'ouvrir, mon stagiaire me signale qu'il n'y a plus de merguez. Je file dans ma voiture pour en prendre avant que la boucherie ne ferme. Puis, arrivé à un feu rouge, pouf, la voiture ne démarre plus. Ma batterie est déchargée (ce qui veut dire que mon alternateur a un problème). Klaxons. Je pousse ma voiture avec l'aide de personnes passant dans le coin. On la met dans un coin qui ne gêne pas trop. Un copain restaurateur qui est dans le coin me pose à la pizzeria et hop, je file un coup de main à mon stagiaire. Heureusement, c'est un soir calme côté commandes (pour ne pas dire pourri).

A la fin, on fait le bilan. Globalement, il aimé le stage. Sur cette dernière semaine, on a fait ensemble 50 pizzas pour les restaus du coeur en deux heures. La veille, il a présenté sa pizza à un jury qui lui a donné des conseils dessus. Il a créé une pizza: Base crème, mozzarella, poulet, poivrons verts croquants et en sortie de four, ananas frais du Bénin et citron noir séché. Il s'est amélioré en calcul mental notamment au niveau des additions (Tous les soirs, je lui faisais calculer de tête la recette du jour). Il va avoir son examen car je l'ai sacrément boosté au niveau des notes. Quand il faisait une erreur au niveau des pizzas ou du calcul, je lui jetais de l'eau avec un vaporisateur. Il a même vu que dans une pizzeria, on pouvait arroser aussi les clients et que les petits notamment en redemandaient.

Au retour, je me suis arrêté chez mon copain restaurateur pour le remercier. Je l'aime bien car c'est un malin. Prochainement, il va lancer un burger à 2€ (4,50€ avec frites et boisson). A première vue, je lui dis que c'est une erreur car les petits jeunes vont se ruer dessus et ne pas lui prendre ses menus/ burgers plus chers. Il sourit. Non. Sur l'offre, sa marge est la même et le burger en fait, est tout petit. On en mange un, on a encore faim. Alors on en commande un autre. Et au final, le client lui commande autant que pour un menu. Et comme sa marge est la même sur cette offre que sur un menu, il gagne toujours autant. Tout en paraissant pas cher. Il m'explique que c'est le principe du burger basique à un euro de Mc Do. La différence, c'est qu'il ne peut pas appliquer le même prix que les chaînes. Pour son burger de base, le pain est plus petit, le steak super fin et la garniture au minimum (oignon et ketchup). Au détour de la conversation, il m'annonce qu'il trouvé le fromage que met Pizza Hut dans le bord de ses pizzas. C'est un fromage en longue lanière vendu par paquet de 25. "Tu devrais le faire, personne ne le fait sur Périgueux". Ouais, sauf que les préparations fromagères qui ne sont pas du fromage ... Ce n'est pas trop ma façon de voir les choses. C'est quand même vraiment un plaisir de discuter avec lui.

Pour finir mon périple, je m'arrête voir des joueurs de Camarilla Vampire. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s'agit d'un jeu de rôle grandeur nature où chaque personne incarne un vampire. La société des vampires se cachent de celle des humains, se réunit dans une salle la nuit et complote la plupart du temps. Les orgas m'invitent à faire un policier car une descente de "flics" a lieu et perturbe la petite réunion vampirique. On me passe une carabine en guise d'armes, on débarque dans la salle. "Bonjour messieurs, vos papiers, contrôle d'identité et fouille". Le tout pour trouver de la drogue et faire chier les joueurs. Cette pseudo descente est en fait un prétexte pour introduire un autre personnage (un vampire trés puissant) qui va sortir les joueurs du pétrin en usant de son influence et les emmener dans un lieu plus glauque où rebondira l'intrigue. Comme la partie risque de se terminer à 5 heures du mat, je pars quand même avant.

Kim

PS: Des news rapides de la chatte de ma mère. Une vieille dame me signale qu'elle a vu un chat mort dans la semaine sur le parking à côté. Mes parents étant à la Réunion voir ma frangine, je vais me renseigner auprés des gars qui nettoient le parking. Bilan: Ils ont bien ramassé un chat mort dont le signalement correspond à la chatte. Elle était un peu grosse. Oui, elle aimait bien manger. C'est ce qui lui a sûrement fait perdre de la vitesse quand elle a traversé la route. J'informe ma mère d ela situation dans un mail. Elle me répond que maintenant, la petite est au paradis des chats. RIP comme on dit.
 

Kim

Moderator
Messages
3,041
Score de réaction
2
Points
38
Petite chronique "Charlie". Les évènements tragiques survenus au siège de Charlie Hebdo deviennent naturellement un sujet de conversation dans la pizzeria.

Avant tout, à "Métro". Métro est une chaîne de grossistes pour restaurateur. En allant y faire mes courses, le lendemain du drame, je croise le directeur en pause clope avec des employés. Je leur serre la main et nous parlons. On évoque l'affaire et le directeur me dit qu' ils ont mis le drapeau de la société en berne et fait une minute de silence à midi. Je lui suggère qu'ils pourraient mettre des affiches "Je suis Charlie" sur les vitres car les clients n'étant pas là le midi pourraient aussi comprendre le soutien de la marque à la manifestation. Ce n'est pas trop dangereux comme prise de position. Il me répond que non. Tout se fait avec la validation du siège. La plus petite initiative en terme de communication qu'elle soit positive ou négative doit avoir l'aval du siège. Le groupe verrouille toute la com.

Dans la journée, je reçois un mail de la mairie. Le service com de la mairie écrit de temps en temps un mail groupé à un grand nombre de commerce. D'habitude, c'est pour nous informer sur des initiatives de la mairie (genre venez chercher le kit de décoration pour mettre dans votre vitrine pour le salon du Livre Gourmand (le salon bouffe de Périgueux)). Là, ils nous suggèrent de se joindre au mouvement et de mettre un "Je suis Charlie" dans notre vitrine. Ça me fait bizarre qu'une mairie demande aux commerces de se joindre à un mouvement. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il y a une récupération du mouvement, que chacun essaie d'en profiter mais quand même ce n'est pas loin.

Hier, j'ai eu un papy à la pizzeria et une reflexion sur la peine de mort. Il faut la rétablir pour ces gens là. Si on les capture, ils ne diront rien et ils ne se laisseront pas capturer. Si on les met en prison, ils auront quoi ? Trente ans max. Et ils continueront à prêcher avec les autres détenus et créer des martyrs. Non, ils faut rétablir la peine de mort. Surtout qu'on est en guerre. Pernicieusement, je suggère aussi de rétablir la torture pour les faire parler. Ah non ! Pas la torture. La torture, ce n'est pas humain et puis cela ne donne rien côté renseignements. Non, la peine de mort. Quand il s'en va, je repense à Robert Badinter et son combat pour abolir la peine de mort.

Ce soir, des élèves policiers. Ils mangent sur place. Pouvait-on prévoir un tel acte ? Non. Si il fallait surveiller tout le monde, cela demanderait un effectif monstrueux. Ils m'apprennent que les coupables ont été abattus. Et le dilemme: Si on les avait capturé, qu'en aurait-on fait ? Et même au sein des élèves policiers, la question divise. La peine de mort, pourquoi pas car ils ne diront rien. On peut aussi les mettre en prison mais cela coûtera de l'argent à la communauté. Entretenir des gens qui ont tués ... Moue de dégoût. Je fais glisser le sujet vers la légalisation des drogues douces et là, opinion unanimes de la future gens policière: Non. Légaliser les drogues, cela ferait encore plus de drogués. Et on se baserait sur quoi comme taux au niveau de la conduite au volant ? Une absurdité selon eux qui en ferait qu'augmenter les passages vers les drogues dures. Pour le garçon, il faudrait faire une tolérance zéro. Même au niveau de l'alcool. Mettre une limite à zéro grammes d'alcool au volant dans un pays où le vin est une donnée culturelle, tient quand même de l'utopie.

Pour finir, un groupe de filles. Elles ont la trentaine, elles font leur soirée filles et ont largué les mecs dans un coin pour être entre filles. Un apéro improvisé, une pizza et quelques conneries qui fusent. Et ce n'est que le début de la soirée. Une fille veut fumer mais ces copines (même les fumeuses) font les chiennes de garde. Non, tu ne vas pas fumer. Cela fait trois mois que tu as arrêté. Si tu prends une clope, tu vas rechuter, tu vas voir ... Donc pas de cigarette. Elles sont entre filles mais les mecs leurs envoient des textos pour savoir ce qu' elles font. Réponse: On commande des pizzas. Trois petits points. Pourquoi trois petits points aprés ? Parce que trois petits points, c'est vital, cela laisse tout imaginer. Même si en fait, elles n'ont pas trop prévu grand chose après apparemment. A part picoler chez l'une. Une de leur copine est avec les mecs. Elles lui disent de venir les rejoindre. Elles vont s'amuser. Une soupire: Elle ne va pas trop boire pour ramener la nouvelle venue. Mais non, au contraire, tu te mets carpette lui dit une de ces copines. Comme ça, tu n'es pas en état de la ramener et donc, tu ne la ramènes pas. Des rires. Une mentionne qu'un truc chouette à faire serait une soirée Chippendales. Ah oui, j'en avais une une fois dans un restau, lui rétorques une autre? Une soirée sympa avec des chippendales locaux qui avaient des masques. Le hic, c'était qu'à la fin, les strip-teaseurs avaient retirés leur masque et qu'elle avait reconnu un de ses ex parmi eux. Du coup, la soirée était un peu moins glamour. Même quand on a un peu bu. Je pose les pizzas sur mon comptoir. En les prenant, une des filles déchire l'affiche "Je suis Charlie" que j'avais scotché sur mon comptoir. Elle devient triste d'un coup. Elle a déchiré Charlie. Un acte ignoble. Je lui dis que ce n'est pas grave, ce n'est qu'une affiche, j'en retirerai une autre. Quand même si, c'est Charlie.

Kim
 

Kim

Moderator
Messages
3,041
Score de réaction
2
Points
38
Une chronique hors pizzeria sur la manifestation et sur ma journée en général.

Ce matin, je pars faire mes courses. Au supermarché, je croise la femme d'un ami musulman. Nous discutons un peu des affaires et elle me dit qu'ils vont aller à la manifestation. Je leur dis que j'y serai aussi. Plus tard, je passe à la boucherie pour y prendre des merguez pour la pizzeria. Petit rappel: cette boucherie est halal. Je rencontre un client musulman. Le sujet de la manifestation est évoqué. Y sera t-il ? Non, il a des choses à faire cet après- midi et il y a des tas de morts dans le monde dont on ne parle pas. Cette réaction peut paraître surprenante mais je la comprends. Rien n'oblige à aller à cette manifestation.

Sur Facebook, un ami gauchiste informe qu'il ne va pas y participer aussi. Pour lui, c'est trop récupéré, cela manque de spontané comme les premières réunions. Mais en même temps, l'est-ce tant que cela ? Personnellement, comme je ne pouvais aller à aucune manifestation car travaillant le soir, cette manifestation un Dimanche après midi, était parfaite pour moi côté horaires pour apporter mon soutien.

La première impression que j'ai eu, fut sur le chemin pour aller à le manifestation. D'habitude, le Dimanche, les rues sont plutôt désertes à cette heure. Les gens ont plus tendance à rester chez eux. Là, soudain, sur la route, des gens en famille ou seul, marchent dans ces rues normalement vides. Tous vont dans le même sens et chacun sait que les autres vont au même endroit. Il y a déjà une sorte d'identification avant même le rassemblement.

Dans une ville de taille moyenne comme Périgueux, la place du rassemblement est noire de monde. Je me place dans un coin. Non loin de moi, des élus au milieu de la foule avec leur écharpe en bandoulière. Ils sont tous ensemble et ne semblent pas trop savoir que faire. La foule est tout autour. Faut-il qu'ils soient en tête de cortège ? Mais alors où va commencer le cortège ? Des proches semblent les baiser avec des drapeaux tricolores. Je me dis que je serais un djihadiste avec une ceinture d'explosif, ce serait comme me flécher l'endroit où exploser.

Il y a des pancartes, des éditions de Charlie, des tas de choses à lire ici et là. Des marseillaises qui s'entament aussi à droite et à gauche. Des gars distribuent des feuilles avec "Je suis Charlie", histoire que vous en ayez si vous n'en avez pas. Des gars avec une sono envoie un message sauf que l'on n'entend rien car la sono ne diffuse pas grand chose. Aprés quarante minutes sur la place à ne rien faire et m'emmerdant un tantinet, je décide de me barrer. Des personnes font comme moi. Dans une rue adjacente au rassemblement, je croise un collègue pizzaïolo qui lui y monte. "Ça manque de mouvement" je lui dis. C'est pas grave, viens, on va les faire bouger. Je fais demi-tour. De retour sur la place, je croise une mamie voisine de ma pizzeria. Elle est avec une copine et a perdu son mari. Vous ne l'avez pas vu ? Il a une grande pancarte qu'il a passé la journée d'hier à faire, me fait-elle. Le problème, c'est qu'il y a un peu beaucoup de grandes pancartes autour. Tant pis, me répond-elle. De toutes façons, c'est moi qui aie les clés de la maison.

Je bouge vers les boulevards à côté de la place du rassemblement et là, je tombe sur la manifestation qui débute. Je m'y joins. Des jeunes mène le cortège et lance des "libertés d'expression" et autres marseillaises ou slogans à reprendre. Dans des magasins de fringues ouverts sur la route, pas un chat. Les terrasses des cafés sur la route en revanche sont bondées. Une mamie du haut de son balcon agite sa canne en soutien. La foule l'applaudit. Les motards ouvrant la route arrête une voiture à un croisement. Je me dis que la conductrice n'a pas de bol. Le temps que tout le cortège passe ...

Les photographes et caméramens amateurs ou professionnels en profitent. Aprés une boucle sur les boulevards, les cortèges partant de la place et ceux y revenant, se rejoignent. Une amie m'interpelle avec son grand fils. Où est sa fille ? Elle n'est pas venue. Elle n'avait pas eu le temps de prendre sa douche et de se maquiller. Les soucis esthétiques font parfois manquer des moments historiques. Je rencontre des clients arabes. Ils ont été élevés dans la foi musulmane puis ont bifurqué vers le bouddhisme. Ils sont heureux qu'il y aie autant de monde. Il y en a plus que lors de la Coupe du Monde et c'est tant mieux. C'est bien que les idéaux motivent plus que les joies sportives. Leurs enfants leurs demandent les bougies et partent allumer ces dernières sur un rond point transformé le temps d'un rassemblement en lieu de recueillement.

Le soir, les journaux annoncent 15.000 personnes à Périgueux, soit la moitié de la ville dans la rue. C'est un joli chiffre mais demain ... Qu'en restera t-il demain ?

Kim
 

Kim

Moderator
Messages
3,041
Score de réaction
2
Points
38
Hier, un client qui vient avec sa fille. Il me commande sa pizza pour 18H30 et comme d'habitude, sa pizza n'est pas prête à l'heure. Il bougonne un peu, je l'engueule gentiment en lui disant que d'habitude, il arrive toujours avec un quart d'heure de retard. On joue donc. Il n'est pas allé manifesté car il avait trop de boulot. Il bosse à mi-temps dans un cabinet comptable et surtout est gestionnaire d'une boîte installant du matériel "énergie renouvelable" (genre panneau solaire, isolation etc.). Là, il en a marre car il doit se taper tout le social de l'entreprise -en plus des litiges avec les clients sur le boulot de l'ancien patron de la boîte. Et comme il a déjà un mois de retard ... Sa fille a trouvé un stage de découverte pour sa troisième. Pendant une semaine, elle découvrira le métier de vétérinaire. Je lui souligne le côté original de ce choix de stage. Surtout pour une fille. Ce n'est pas comme si la plupart des filles aimaient les animaux. J'ajoute aussi que les animaux sont cools car si un animal a un cancer et qu'on l'a mal soigné, la famille ne portera pas plainte contrairement aux proches d'un être humain.

Plus tard, un client d'origine arabe et ancien musulman. Il est allé manifesté et il comprend aussi l'indignation dans les pays arabes à la suite de la sortie du dernier "Charlie Hebdo". Le problème, c'est la représentation de Mahomet. Au niveau de l'Islam, il n'y a pas de "culture de la représentation" comme dans les autres religions. Il n'y a pas de tableaux sur la naissance du prophète comme pour Jésus, Marie etc. Le Mahomet que chacun adore est la vision qu'il s'en fait. Quelque chose d'assez abstrait en quelque sorte. Ce qui choque donc, c'est le fait de représenter Mahomet avant le message plutôt positif du titre. Mais l'attentat de Charlie commence à faire changer certaines choses. Certains modérés comprennent que pour s'intégrer, il faut aussi accepter que le prophète puisse être représenté en bien ou en mal. Notamment par des non croyants. Mais il y a encore beaucoup de chemin à faire, conclut-il. Beaucoup.

Pour finir, je vais vous donner la vérité absolue sur l'attentat de Charlie Hebdo. Cette vérité, je la tiens d'un homme extrêmement informé et très observateur: un pilier de comptoir. Il n'est pas allé manifesté car lui, il ne veut pas qu'on le voit. Il veut rester petit dans son coin. Il touche sa retraire (ou plutôt sa curatelle lui donne des sous) et il mène sa petite vie avec son petit pécule. Il ne fait pas de vagues. Alors, il ne va pas aux manifestations. Surtout que dans celle là, les gens ont peut-être tort. Lucide, il a quand même compris ce qu'il y a derrière tout ce mouvement "Je suis Charlie". En fait tout ce mouvement, c'est pour faire vendre le journal "Charlie Hebdo". Je lui réponds qu'il y a des moyens plus économiques qu'une dizaine de morts pour faire de la pub. Non, non, non, il est sûr de son opinion. Quand quelqu'un se fait écraser par une voiture, on n'en parle pas. Donc, là, c'est de la pub. Il le sait car il l'a observé au bar- tabac du coin. Les gens viennent acheter Charlie mais ils sont sur liste d'attente. Le buraliste a sa liste et il donne le journal au fil des personnes. Si cela se passe comme ça, c'est que toute cette affaire, en fait, c'est de la pub. Que de la pub. Et il me reprend une bière pour la route. Quand il part, je repense au slogan de la série X-files: La vérité est ailleurs. En fait, elle n'est pas ailleurs. La vérité est au fond d'un verre si on en croit les piliers de comptoir.

Kim
 
New Member
Messages
158
Score de réaction
0
Points
0
Je me suis mis à jour sur tes anecdotes =]. Content de voir que ça ne t'a pas lassé.
 
New Member
Messages
2,864
Score de réaction
0
Points
0
oui , pareil pour moi :]]

ça faisait quelques mois que je n'étais pas venu sur le forum ,
et c'est la première chose que j'ai "cliquée" ...

des anecdotes toujours aussi drôles , touchantes et , peut-être dans ta façon toute simple
de les retranscrire , un peu "étranges" ... dans le sens où on a la sensation ,
à chaque fois , "qu'il va se passer quelque chose" :]]


c'est une merveilleuse chronique , j'adore .

bravo Kim .

à bientôt .
 

Kim

Moderator
Messages
3,041
Score de réaction
2
Points
38
Quand il n'y a pas beaucoup de monde comme en cette période hivernale de vaches maigres, je m'occupe à la pizzeria. Le meilleur synonyme pour s'occuper exactement, serait nettoyer. Ce soir, en l' occurrence, il s'agissait de mes frigos sous mon plan de travail en marbre. Et comme la tranquillité est quand même quelque chose d'assez surfait en fin de compte, c'est naturellement, quand j'avais tout sorti et que j'entamais à peine mon nettoyage que les trois jolies jeunes filles étudiant à l'école de police à côté, sont entrées. Fort heureusement pour moi, elles ont pris un peu de temps pour choisir, ce qui m'a permis de ranger une partie de mes bacs etc. Je ne sais pas quel est le mathématicien qui a réussi à énumérer la théorie selon laquelle "On est toujours emmerdé au mauvais moment", mais je dois avouer qu'il n'a pas tort.

Pour en revenir aux trois futures policières, une d'entre elles sourit en lisant ma carte. "C'est quoi le mode Solid Snake ?" lui demande une de ses camarades. "C'est ce que j'ai essayé de faire en me planquant dans un carton cet aprém durant l'entrainement. Une référence à un jeu d'infiltration. Mon dieu, je suis une geek." Suite à cette révélation, la conversation part sur des bases plus concrètes. Cet été, on va aux fêtes de Bayonne. C'est cool, je les ai faites les années précédentes. Oui, mais on finit le 31 Juillet et je ne sais pas si les fêtes ne seront pas commencées alors. En les entendant, me reviennent des souvenirs de ce doux temps où étudiant, moi aussi, je prévoyais un voyage éthylique du côté de Bayonne. Les préoccupations estudiantines demeurent les mêmes. Boire, faire la fête. Même quand on va être policière.

Plus tard, trois garçons en formation AFPA, exactement dans le bâtiment, et qui dorment non loin de la pizzeria. Je leur dis qu'à cinq minutes prés, ils viennent de louper les filles. Les filles étant une denrée rare en maçonnerie, peinture, plomberie et autre couverture, l'un d'eux me demandent quand est-ce qu'elles viennent. Ma pizzeria n'étant pas encore un site de rencontres, je lui rétorque que je ne sais pas. La conversation devient du coup plus terre à terre quand le foot arrive dans la conversation.

Une fois partis, j'entame mon ménage, histoire de partir plus tôt. Tandis que j'achève ma vaisselle, un type entre dans ma pizzeria pour récupérer ses deux pizzas que sa copine a commandé il y a vingt minutes. Le hic, c'est que personne ne m'a téléphoné vingt minutes avant. Du coup, je n'ai rien fait. Il me demande quand je ferme, je lui réponds à 22 heures. Il va voir avec sa copine mais il voulait venir ici. Quand il part, un dilemme de trois minutes me saisit: Faut-il que je continue à ranger ou que j'attende son éventuel coup de fil ? Partant du principe qu'il a commandé ailleurs et va y aller, je continue mon ménage. La dernière étape de mon ménage consiste à racler mes sols une fois que j'ai rincé mes sols à l'eau après les avoir frotté. Et c'est précisément à ce moment là que le gars appelle pour ses deux pizzas. Et comme les vaches sont maigres en ce moment, j'accepte la commande, salis mon plan de travail, oublie d'essuyer la pelle à pizza que je venais de nettoyer. Du coup, la pizza s'étire dans mon four, elle se déchire, dégueulasse mon four tout briqué, me forçant à la refaire en réouvrant une bûche de chèvre (car naturellement il n'y en a plus) etc. Pour résumer, quand le client arrive, ses pizzas sont prêtes et ma cuisine est aussi propre qu' après le passage d'un tsunami. Moralité: quarante minutes de re-ménage. On est toujours emmerdé au mauvais moment. CQFD.

Kim
 

Kim

Moderator
Messages
3,041
Score de réaction
2
Points
38
Ce matin, je suis allé au petit déjeuner des commerçants. Il s'agit d'un petit déjeuner organisé par le maire de Périgueux avec les commerçants de la ville. J'avais reçu plusieurs invitations par mail et je me suis dit que cette fois, c'était l'occasion de voir de quoi il s'agissait. Avant de commencer, je vais situer le cadre: Une salle de réception cosy, de belles tables rondes avec de jolies nappes, une corbeille au milieu de chacune d'entre elles avec des mini croissants et chocolatines (ou pains au chocolat pour les autochtones ne résidant pas dans le sud-ouest). Sur un mur, un écran sur lequel va défiler la présentation powerpoint. Une trentaine de commerçants sont là et une dizaine de personnes de la mairie allant du maire, aux conseillers municipaux aux employés vous servant le thé/café. Parmi les commerçants, donc ma pomme avec son petit boui-boui à pizzas mais aussi d'autres plus importants comme un opticien avec une trentaine de magasins, des gens ayant des boutiques de fringues, des cafetiers etc.

Cette réunion mine de rien à un objectif: convaincre les commerçants de l'aménagement de Périgueux au niveau des boulevards. Sans entrer dans le détail, le maire souhaite faire un beau boulevard façon ramblas pour stimuler le centre ville. A ma table, un gars qui semble être un conseiller municipal de la précédente mairie. Et du coup de jolis commentaires en aparté.

Le cœur du projet municipal est la suppression d'un rond-point pour prolonger les boulevards. Cela semble ne pas grand chose mais on s'aperçoit vite que cela avoir de grosses conséquences sur le trafic ici et là. Un commerçant mentionne le passage des bus, un autre de futur embouteillages. Le maire dégaine toutefois son chiffre phare: Avec le marché de Noël dernier et la suppression temporaire de ce rond point, la fréquentation des parkings souterrains a largement augmentée. Oui, mais c'était pour Noël. Après, il y aura quoi comme animations attractives ? Il est question d'un parking souterrain sous un parking existant situé à 50 m de la rivière. Le maire évoque 3 niveaux potentiels. A côté de moi, on susurre que vu la zone inondable, avec trois niveaux, il y en aura deux d'inondés. Cela fera peut-être des heureux parmi les membres du club de plongée.

Bref, des discussions autour des projets d'aménagements en mode questions/ réponses. Et puis soudain, un commerçant prend la parole avec son franc parler des familles. Il tempête car la petite rue qui passe pas loin de son commerce sera encore plus vide etc. C'est qui ? demande t-on à côté. C'est lui. Un emmerdeur. Ils sont une poignée de commerçants dans une petite galerie et à chaque fois, ils viennent gueuler. On leur a posé une borne à 15.000 € comme ils voulaient et ils se plaignent encore. Et le gouailleur de presque partir en pugilat avec une commerçante à côté qui proteste. Où sont les gants de boxe ? Le maire tente de répondre au virulent qui le coupe toutes les deux minutes. La réunion s' achève avec une ambiance plus chaude. En partant, je fais remarquer à une collaboratrice municipale que quitte à couler le budget de la ville, ils devraient mettre des viennoiseries plus grandes.

Kim
 

Kim

Moderator
Messages
3,041
Score de réaction
2
Points
38
Pour une fois dans cette chronique pizza, je ne vais pas parler de mes clients mais de moi. Bon, d'accord, je parle aussi souvent de ma pomme ici, donc en fait, cela ne va pas changer grand chose.

Ces derniers temps, je n'ai pas la pêche au niveau de la pizzeria. Il y a globalement peu de clients et sur les deux derniers mois, mon chiffre d'affaires est trés loin d'être brillant. On me dira que c'est la saison morte en ce moment, que les gens se déplacent moins pour venir chercher des pizzas quand il fait froid dehors, que comme c'est la crise, les gens n'ont plus de sous, surtout aprés Noël, surtout avant les impôts etc. Oui, oui, oui, tout cela est vrai. Il y a la concurrence qui a augmentée sur ma zone, on est grosso modo plus de vingt cinq en "offre pizza" (restaus et camion inclus) autour de Périgueux, ce qui est beaucoup trop et qu'il va y avoir des morts à un moment donné ... Oui, oui, oui. Mais il n'empêche que quand le temps passe lentement, quand on a nettoyé ses frigos et qu' on se s'emmerde quelque peu, on pense. En ce qui me concerne, mes pensées vont vers la vente. Plouf, pavé dans la mare. Le lecteur assidu de ces chroniques que vous êtes, sent soudain monter en lui, une angoisse sourde: Si il vend, qui m' abreuvera en chroniques pizzas ? C'est dur les addictions.

J'ai pris les coordonnées d'un gars qui cherche une pizzeria sur Périgueux la semaine dernière. Un de ses copains qui fait de la livraison, pense que je suis sur un des meilleurs axes de vente de la ville. Il livre une quantité phénoménale de personnes en burger autour du boulevard. Une statistique affolante. L'affaire est intéressante. D'autant plus que là-bas, un autre de mes collègues pizzaïolo veut vendre son commerce une fortune. Et qu'en plus, vu, combien aujourd'hui, il y a de pizzaïolos sur Périgueux, à moins d'amener 50% minimum de la somme en apport personnel, aucune banque ne suivra. Dans ma tête, se dessine un prix, pas trop cher. Et puis, c'est vrai que j'en ai un peu marre depuis trois ans et demi. Il y a une certaine usure de la répétition, même si malgré tout, les clients changent le quotidien. Un ami ayant un commerce de restauration, songe à vendre aussi. Aller Kim, on vend ensemble et on monte un autre truc ensemble. Il a une idée géniale qui ne s'est pas encore faite sur Périgueux et qui va cartonner grave. Lui, il en a marre car sa vie familiale ne suit pas. Il a l'impression que son commerce va finir de lui user son couple. On s'entend bien ensemble, pourquoi pas ? Vendre maintenant est intéressant aussi car mes bilans ne sont pas mauvais. Attendre plus, c'est prendre le risque qu'ils deviennent pires et donc, vendre à un moindre coût. Et puis, si des pizzaïolos coulent sur Périgueux, ils seront sûrement remplacés par d'autres, alors ...

Alors, quand on touche le fond, on se rend compte parfois qu'avec une bonne impulsion, on peut remonter. Et c'est ce que je vais faire: combattre. Dans mon cas, une solution m'est venue: essayer de me diversifier, essayer de toucher une nouvelle clientèle. En ce qui me concerne, c'est un nouveau marché, un marché de professionnel qui n'a pas forcément accès à la pizza: les sandwicheries. J'ai commencé à mettre au point une liste de pizzas en petit format en travaillant l'aspect et en les budgétisant de façon à conserver un minimum de marge dessus. La difficulté principale tient à la façon de réchauffer la pizza. Dans la sandwicherie, l'incontournable est le micro-onde. Et une pizza fine, passée au micro-onde, sort molle, sans aucune tenue. Donc pas facile à manger. Sur le net, je lis un article sur un gars qui a fait une super pizza avec un micro-onde. Je n'ai pas testé la recette mais vu la gueule de la pizza aux bords tous blancs, je suis dubitatif. Je vais quand même l'essayer mais cette pizza se réchauffera t-elle bien ? Toujours sur internet, un gars clame haut et fort sa recette pour que la pizza ne sèche pas au micro-ondes: mettre de un verre d'eau à côté durant la cuisson. Effectivement, la pizza n'est pas sèche mais deux fois plus molle après test. Le web est décidément un grand bazar avec tout et n'importe quoi. Inévitablement, je parle de l'idée à mes clients. Je leur montre mon prototype de pizza avec une idée du prix auquel le produit pourrait finalement leur être vendu. Tous trouvent cela honnête et le produit séduisant. Une cliente me fait une suggestion sur la cuisson, un truc à essayer qui pourrait ne pas amollir le produit. D'autres idées de promotions et d'autres conneries me viennent en tête. En deux mots, après avoir songé à vendre, je tente d'autres choses. Dés lors soyez tranquilles: vous aurez encore vos chroniques pizzas pour quelques temps.

Kim
 
New Member
Messages
2,864
Score de réaction
0
Points
0
ne vends surtout pas malheureux !
laisse-moi le temps de venir déguster l'une de tes pizzas chez toi , à Périgueux !

sac à papier !
 
Haut