3615 Ma vie

tous les sujets inutiles, inclassables, etc.

Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 05 Déc 2016, 21:40

Quand je n'avais pas de travail, mon psychiatre m'avait conseillé de faire un emploi du temps. L'emploi du temps est une manière de prévoir ses activités. On fait un planning de ce qu'on va faire afin d'essayer le moins possible d'avoir des activités passives (genre surfer toute la journée sur le web). Le but est de se tenir occupé. L'inactivité, en effet, est le moment propice où les envies suicidaires peuvent se manifester. Ne travaillant plus, il me faut donc m'occuper.

C'est dans ce but que je me lance dans plusieurs projets. L'un d'eux est un graph. Je ne suis pas un grapheur. Je n'ai jamais graphé. Je n'ai aucune formation graphique et pourtant j'ai un projet de graph. Avant d'évoquer ce projet, je vais parler rapidement de la ville de Périgueux.

Périgueux est MA ville, une ville que j'ai au plus profond de moi-même, envie de faire bouger. Au niveau tourisme, Périgueux est à la traîne. En Dordogne, Sarlat verrouille tout. Sarlat, avec les châteaux de la Vallée de la Dordogne à côté, tout comme nombre de grottes, attire le chaland en mettant en avant sa vieille ville médiévale. Périgueux a une vieille ville aussi - et de splendides ruines romaines - mais a dix ans de retard sur Sarlat. Si Périgueux veut attirer des touristes, il faut qu'elle devienne autre chose, un type de ville qui ne se voit pas ailleurs. Une de mes convictions à ce sujet, est de l'orienter vers un aspect graphique trés fort. Or comment faire évoluer cette ville ? Le centre ville est ultra-classé au niveau des monuments historiques. Il est impossible d'y faire quoi que ce soit. Mettez un bout de couleur rouge sur une porte, il faut le retirer, le mettre en vigueur. L'architecte des bâtiments de France veille. Tout doit être au mieux dans des tons trés neutres. Nombre d'élus considèrent le graph comme une nuisance. Ils n'y voient pas d'intérêt artistique, ils ne voient pas le potentiel que représente le graph pour une ville. Comment bouger ce mammouth culturel ? En le faisant évoluer au niveau de la mentalité.

C'est pour cela que j'ai prévu de faire ce graph. Je l'ai conçu avec mes modestes moyens. je ne sais pas dessiner mais je sais raconter des histoires. Ce graph ne sera pas un dessin mais une histoire, un peu comme une BD. Le message est un message universel, quelque chose d' incondamnable. Je prévois de le faire au cœur de Périgueux, avec l'aval des autorités, de l'architecte des bâtiments de France etc. Pour le faire, je ne peux être seul. Il faut que ce graph aille dans une démarche précise, qu'il soit porté par des associations liées au message. Tout cela implique contacter des associations, leur présenter une maquette du graph, tout comme il faudra que j'en présente une aux différentes institutions, au lieu sur lequel il sera tracé.

Je ne pensais pas le faire en centre-ville mais c'est en parlant avec des personnes s'occupant de la Culture sur Périgueux, qu'on m'a encouragé à le faire dans une démarche. Le projet est quasiment terminé graphiquement parlant. Je ne serai pas payé pour cela et je ne le ferai pas payer. Cela va faire bondir la plupart des artistes de ce forum. Toutefois, pour moi, c'est normal. Ce n'est pas en mettant un prix qu'on fait changer les choses. Pour apprivoiser des gens, faire changer des mentalités, il est vital que les choses soient gratuites d'abord. Ensuite, quand le potentiel de la démarche globale, aura été compris, alors, les choses évolueront. Des artistes seront payés pour travailler dans Périgueux.

Je dois être un fou avec une vision comme on dit. On peut faire de l'art en sachant peu dessiner. C'est de l'art "limité" mais cela peut marcher.

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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 26 Déc 2016, 22:29

Un camion a foncé sur la foule à Berlin. Quelques mois avant, un autre camion écrasait une foule à Nice. Encore avant, deux types se faisaient exploser dans l'aeroport de Bruxelles. Auparavant, un mitraillage avait lieu au Bataclan, sur la terrasse de cafés/ restaurants et des kamikazes sautaient devant le stade de France. Et en Janvier, un type prenait en otage les clients d'un supermarché kasher. Quelques jours avant, deux fous décimaient la fine fleur des dessinateurs de Charlie Hebdo. Au début, nous étions tous Charlie. Depuis, la violence semble se banaliser. "Ich bin ein berliner" a replacé "Je suis Charlie" depuis que l'Allemagne a eu droit à son électrochoc. Derrière quel slogan communierons nous demain ?

Dans ce monde où les partis politiques populistes ont le vent en poupe, où les règles de sécurité extrêmes semblent devenir la norme, où demain, des Guantanamo "anti-terroristes" risquent de surgir, je me suis posé une question: Si le type ayant écrasé la foule à Berlin, était innocent ? Attention, le type est sûrement coupable et cette question n'est là que pour être le début d'une hypothèse fictive. Cette interrogation m'est venue suite à une réflexion sur la mémoire. Si quelqu'un implantait à une personne de faux souvenirs, si ce quelqu'un implantait des automatismes à exécuter à un instant T, si le conducteur du camion vivait toute la scène en spectateur et ne reprenait le contrôle sur sa personne qu'une fois le camion arrêté ... Que se passerait-il aprés ? L'homme serait arrêté, interrogé, condamné. En prison, il serait molesté. Si un Guantanamo pour terroriste voyait le jour, il serait torturé. Et face à tout cela, il serait innocent car on l'aurait reprogrammé. Comme on reprogramme un ordinateur.

On a ici, l’embryon d'un récit avec un complot (car la théorie du complot arche toujours), une histoire improbable car reprogrammer quelqu'un demande plus d'argent qu'inciter une organisation extrémiste à agir, mais l'idée d'un XIII passif face au complot, me réjouit. Pas de débauche d'effets spéciaux. Juste l'histoire d'un homme broyé par un système, un type qui même au sortir de l'histoire, serait déboussolé, qui douterait sur tout ce qu'il a vécu, tous ses souvenirs, et qui malgré tout, continuerait à vivre. Imaginez que vous, lecteur de cette brève, ayez été privé d'une partie de vos souvenirs, que le souvenir de vos vacances d'été, ne soit pas vrai; que durant cette période, on vous aie mis en scène dans un pseudo camp etc. Qu'une personne ordinaire soit reprogrammée en terroriste sur un temps l'espace d'un instant.

Je sais, c'est un récit fantastique. Je sais que cela ferait de chacun d'entre nous, une sorte de répliquant. Mais en même temps, la bande annonce de la suite de Blade Runner vient de sortir. Cela doit influer sur mes idées.

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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 27 Déc 2016, 23:19

Aujourd'hui, la princesse Leïa est morte. En fait, Leïa n'est pas morte mais l'actrice qui l'incarnait, a succombé à des problèmes cardiaques. Sur les réseaux sociaux, les gens pleurent sa mort. La disparition du chanteur Georges Michael a été éclipsée par celle de Carrie Fisher, pardon, la princesse Leïa.

En toute honnêteté, je ne connais pas bien la carrière de Carrie Fisher, hormis sa prestation dans Star Wars. Hormis un second rôle dans "Quand Harry rencontre Sally", je suis incapable de citer un autre de ses rôles. Finalement, ce que personnellement, et comme beaucoup d'autres, je ne vais retenir de sa carrière, c'est son rôle de Leïa. Un rôle, un personnage. Pour Mark Hamill, on ne retiendra sûrement que Luke Skywalker. Pour Harisson Ford, on dira Han Solo, Indiana Jones, Blade Runner etc. Bref, tout un tas de rôles. Il n'y a d'un côté que les acteurs qui n'ont pas pu se sortir DU rôle qui les a fait connaître et de l'autre, celui qui a su s'en sortir.

C'est étrange ce fait, d'être prisonnier d'un rôle. Vous êtes connu, catalogué. Il est difficile de sortir de cette "norme" donnée par un succès. Leïa a peut-être emprisonné d'une certaine façon Carrie Fisher.

On pourrait faire une parallèle avec certains succès au niveau de la BD. Hergé, c'est Tintin; Uderzo, c'est Asterix. Sauf que même si les auteurs ont eu d'autres oeuvres ayant moins de ventes, ils ont passé du temps sur ces personnages. Rosinski a passé plus de trente ans à dessiner Thorgal. Pour un acteur, c'est autre chose. La princesse Leïa, ce n'est que quatre films pour Carrie Fisher.

Cette mort bouleverse le monde. Le fan inconditionnel se pose déjà des questions: Vont-ils mettre une autre actrice dans le rôle de Leïa dans le prochain Star Wars ? Elle ne sera jamais au niveau de Carrie Fisher mais bon, il faut bien la remplacer. Combien de micro-réflexions de ce type traverseront le fan ? Le casse tête en fait, est entre les mains des créateurs du prochain Star Wars. Cette mort va influer sur le montage du film, sur la place du personnage. Peut-être que dans Star Wars 9, Carrie Fisher sera refaite en 3D. Sera t-elle créditée du coup à la fin du film ? La technique peut remplacer un acteur, même au cinéma. Qui est irremplaçable ?

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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 08 Juil 2017, 22:02

Je me remets à écrire sur 3615 Ma Vie, peut-être pour me motiver.

Une motivation, c'est un but que l'on se fixe. Dans mon cas, il s'agit d'organiser un festival de bières sur Périgueux. Pourquoi ? Parce que les festivals de bières ont la côté en ce moment et qu'il y a du potentiel évènementiel. Avant d'aller plus loin, mon esquisse d'étude de marché sur l'évènement. Localement sur Périgueux, il y a un festival de bières dans un village à côté. Il s'agit d'un festival local rassemblant les producteurs de bières indépendants de Dordogne. L'évènement a lieu en Mars-Avril. Il y a donc de la place pour un évènement plus gros, plus régional d'abord. En festival plus important, il y a le Blib à Bordeaux début Octobre. Il faut que je continue à lister les festivals de la bière dans la région proche.

Ceci mis à part, je vais lister d'abord les problèmes dûs à ce genre de festival. D'abord, je suis tout seul. Il va falloir que je trouve du monde pour m'épauler. Ensuite, je ne connais pas trop le monde de la bière et en bois peu. Je vais du coup, me fier à des avis. Pour finir, le budget. Au niveau de ce festival, la Mairie ne donnera rien en terme d'argent (mais peut-être en terme de structures). Le financement sera dés lors un passage par la case Ulule.

Voilà pour les gros obstacles. Mais bon, la foi peut soulever des montagnes comme on dit.

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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 26 Oct 2017, 20:43

Depuis Septembre, j'ai décidé de reprendre mes études. Ma décision exactement est de devenir infirmier. A quarante ans, me voici donc sur les bancs d'une prépa avec une vingtaine de jeunes dont je pourrai être le père. Mais bon, je gloserai sur la prépa en elle-même, plus tard. Actuellement, je fais un stage en EHPAD. Un EHPAD, c'est un Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes. Si je devais donner une autre définition de l'endroit, ce serait "Là où les vieux vont mourir".

Quiconque est allé dans ce genre de maison de retraite, se souvient d'une chose: l'odeur. Ce n'est pas l'odeur de la mort mais celle de la vieillesse. Tout est aseptisé, partout les soignants se lavent et pourtant, l'odeur des vieux demeure. Ce parfum est la première chose qui marque. Qui marque et qui vous marque car aprés quelques jours, vous vous apercevez que vous avez ramené cette senteur chez vous.

Durant les premiers jours en EHPAD, on m'a demandé de suivre des aides soignantes. La première des choses que l'on m'a montré, fut la toilette. Exactement, la toilette dans le lit. Ce type de toilette a lieu quand le patient ne peut bouger de son lit. La première fut une dame aux cheveux couleur neige comme tant d'autres ici. Les premiers mots firent "Bonjour Mme ..., Vous avez bien dormi ?" "Voici Kim, le nouveau stagiaire. Il est là pour apprendre le métier". Ensuite, on défait le lit. On ôte le drap et la couverture. La malade se retrouve en petite tenue soit en chemise de nuit et en couche. La couche des vieux est différente de celle des enfants. Elle est plus résistante. Et une fois posée, elle est recouverte avec un porte-couche, une sorte de slip élastique en matière médicale. Je dis matière médicale car je ne sais pas trop comment définir cette sorte de polymère à la fois jetable et résistant. On bascule ensuite la patiente sur un côté. Cette dernière s’agrippe à la barre de son lit pour ne pas retomber. Pour plus de sécurité, je la tiens comme on m'a demandé de le faire. L'aide soignante détache ensuite la couche. Cette dernière est pleine d'urine et de merde molle noire. C'est à cause du fer, m'explique l'aide soignante tout en retirant délicatement l'excrément avec ses gants en plastique, ses protections en plastiques et le papier pour essuyer. Le fer colore le caca en noir. Tu verras, comme quasiment tous les pensionnaires en manquent, c'est toujours comme ça. Une fois les déchets organiques enlevés, la toilette commence. D'abord, c'est l'inspection. On regarde dans les plis de la peau s'il n'y a pas des rougeurs ou des coupures. Ce sont les premiers signes d'infections. Des escarres ? je demande. Non, ça, c'est plus tard. D'abord, ce sont les rougeurs et les coupures qu'il convient de localiser et de signaler. On examine et on me montre les plis des jambes, les bords de la raie des fesses, l'intérieur du vagin ... Une pensée me traverse rapidement. Si j'étais à la place du patient, je me sentirai violé en ayant ainsi mon intimité étalée au grand jour aux regards d'inconnus. Mais ce sentiment est parti chez la patiente qui chaque jour, est lavée par des soignants hommes comme femmes. Ensuite vient la toilette proprement dite. Elle se fait avec un gant, du savon et de l'eau. Quand le patient a un savon, on le fait avec son savon. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus hygiénique mais cela permet de laisser au patient un petit quelque chose à lui. Le geste se fait toujours dans le même sens. Il ne faut jamais repasser où on est déjà passé avec le gant. Une fois la toilette intime achevée,on replace la couche et le porte couche. Si ce dernier est souillé, on le change et on met le vieux à laver car ils se récupèrent. Puis la toilette continue sur le haut du corps. On ausculte les plis des bras, sous les épaules, sous les seins. Et quand il y a une coupure, on lave puis on badigeonne d'éosine. Quand c'est rouge, on étale une poudre. Pour finir, c'est les pieds et les doigts de pieds. Quand on a le temps. Car souvent on n'a pas le temps, me lâche l'aide soignante. On habille ensuite la malade et on la bascule sur un fauteuil roulant. On allume la télé et avec des mots doux, on laisse la vieille dans sa chambre. La toilette dans le lit, c'est pratique car on peut facilement déceler les anomalies. Plus tard, on me montre d'autres toilettes allant de la douche assise à la semi-toilette. On place le patient sur une chaise où il fait ses besoins pendant qu'on borde son lit. Ensuite, on le lave au gant au niveau des parties intimes. Puis il finit de se nettoyer avec un autre gant. Il se brosse les dents. Il se repeigne.

Dans la journée, je croise une pensionnaire en fauteuil roulant qui essaie d'ouvrir les portes de secours. Elle veut retourner chez elle. D'ailleurs, on doit venir la chercher. J'essaie vainement de la raisonner. Elle veut partir. Elle s'approche des portes automatiques de l'entrée. La secrétaire m'explique avec des signes dans le dos de la vieille, qu'elle a condamné les portes. Dans un pieu mensonge, j'explique à la dame que les portes sont bloquées et qu'on doit attendre l'électricien. La secrétaire pose une pancarte indiquant aux visiteurs de passer par une entrée sur le côté. La vieille part ailleurs dans les couloirs. Je croise les soignants qui me disent qu'il y a d'autres personnes à voir. Nous faisons notre tour. A la fin de la journée, la vieille est toujours dans un couloir. Elle ne cherche plus à partir. Elle parle à un extincteur. Le lendemain, on m'expliquera que son délire était dû à un changement de médicament ayant créé un délire.

En fin de journée, je repars me changer dans le vestiaire commun. La porte s'ouvre, une aide soignante s'excuse et referme la porte gênée, alors que je me déshabille. La pudeur a peut-être déserté les pensionnaires mais elle reste toujours présente chez les soignants.

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Re: 3615 Ma vie

Message non lupar Kim » 07 Déc 2017, 18:38

Ehpad

Là, les horaires sont fixes. Le travail est organisé selon le temps plus que les besoins des patients. A 11H30, a lieu la transmission. Chaque aide soignant ou chaque ASH doit avoir fini ses toilettes avant la transmission. Quand le personnel est en sous- effectif, la transmission est repoussée mais tout doit avoir été fait avant le repas. Dans ces moments, il arrive que la douche, le nettoyage poussé hebdomadaire d’un patient soit repoussé. Les seuls qui y ont droit alors sont ceux dont la famille est pointilleuse et se plaint auprès du personnel. Ou quand la mamie qui ne se lave pas, se fait pipi dessus. On profite de l’occasion pour la laver entièrement.

A cela s’ajoute le fait que l’EHPAD étant en déficit et qu’une nouvelle gestionnaire étant arrivée, le personnel va encore être réduit. Certains ASH vont ne pas être renouvelés. Le personnel risque d’être encore moins nombreux et les moments en sous effectif vont, dés lors, devenir prochainement la nouvelle norme.

Une des conséquences de ce manque d’effectif ou de ce travail à faire dans l’urgence, tient au soin apporté aux malades. Le personnel courre ici et là, sans arrêt. Quand une mamie se met à pleurer dans le petit salon, on me conseille de la laisser « chouiner » car elle le fait régulièrement. Et puis, faute de temps, personne ne s’arrête pour essayer de l’écouter et trouver ce qui ne va pas. Quand une pensionnaire en fauteuil veut partir et tente d’ouvrir les portes de secours ou de s’enfuir par l’entrée, on bloque les portes d’entrée et on la laisse vaquer dans les couloirs en surveillant rapidement, histoire qu’elle ne parte pas. En fin de journée, elle parle aux extincteurs du couloir comme s’il s’agissait de personne. Le lendemain, elle revient en chambre et quand le médecin passe, on lui indique que Mme L. a eu des hallucinations à cause d’un traitement qui lui a été prescrit. La médication a été arrêtée depuis.

L’institution règle la vie. Les repas sont tous pris à la même heure. Quand les résidents sont malades, le personnel porte un masque et tous les résidents mangent en chambre. Trier les quelques non malades et les emmener dans la salle à manger, serait trop long. Surtout avec le sous- effectif.

Le personnel grogne. Les soignants savent que demain, ils seront moins nombreux. Les ASH se doutent qu’ils vont partir et regardent ailleurs. Une ASH qui allait partir deux semaines en vacances, annonce qu’elle ne reprendra pas car elle a trouvé du travail dans une autre structure.

Les infirmières compatissent aussi à cet état de fait. Elles ont du travail à n’en plus finir. Elles sont trois et tournent en roulement. Une infirmière doit toujours être présente. Elle applique les traitements. Ici, c’est un traitement par fulmigation. Là, ce sont des pansements à refaire. Il y a aussi le pilulier à préparer, les médicaments à distribuer pour le petit déjeuner, les repas, le quatre heure et le goûter. L’infirmière est partout. Quand un membre de la famille d’une patiente vient la trouver car sa tante n’est pas bien, elle explique, réexplique souvent encore et encore jusqu’à ce que la nièce finisse par comprendre. Et ses explications lui font prendre du retard, retard que ne comprend pas la gestionnaire car normalement, elle devrait être à l’heure et parce que l’imprévu ne figure pas sur le planning.

Tous les soignants grognent et tous savent qu’il va falloir faire des efforts. L’animatrice en charge des jeux avec les résidents a aussi le spleen. Son maigre budget va encore fondre. Aprés douze ans en Ehpad, elle aussi songe à arrêter.

Et puis, il y a les résidents. Certains ne comprennent pas. Une ancienne infirmière prend plaisir à raconter son histoire, comment elle a commencé durant la guerre en apprenant le métier avec la Croix Rouge. Elle y avait même rencontré son mari. Et puis quand elle parle de l’EHPAD, elle ne comprend pas. De son temps … De son temps …
Pour éviter que certains résidents ne craquent, on leur donne des anti-dépresseurs. Séresta et consorts parsèment les doses journalières. Avec les dolyprane pour calmer les douleurs de saison peut-être. La psychologue sur place m’explique que le plus dur pour les gens sur place est de faire le deuil. Le deuil de leur indépendance. Le deuil de leur mobilité. Le deuil de leur vie d’avant. La pensée du « deuil d’eux même » me traverse. L’EHPAD est peut-être le dernier lieu où l’on place les vieillards parce qu’on ne peut les garder et qu’il faut bien les mettre quelque part.

Une malade se laisse glisser. Elle ne se nourrit plus. Ou quasiment pas. Le goûter consiste pour elle à humecter ses lèvres dans le verre de sirop. Le personnel sait qu’elle ne souhaite que partir et continue sa routine. On ne lui arrêtera ses médicaments que le lundi car durant le week-end, elle a demandé à voir un prêtre. L’infirmière de service se charge d’en contacter un pour qu’il vienne le jour même ou le lendemain. Quand une personne décède en EHPAD, les croque morts viennent s’occuper du corps. Ensuite, la chambre sera relouée rapidement car les places libres sont rares et les vieillards nombreux.

Outre les patients qui ne comprennent pas, pleurent ou veulent mourir, il y a ceux qui ne laissent rien transparaître. Ils sont alités, ne parlent pas. On les fait manger et boire de l’eau gélifiée car ils la digèrent plus facilement. L’un d’eux reste dans son lit durant toute la journée. Les photos sur le murs rappelle sa mobilité d’antan. Maintenant, il ne s’exprime plus mais mange encore. Une dame sur un lit avec un matelas à air, a eu des problèmes à la jambe. On la lève avec un lève -malade -une sorte de treuil - et on la place dans son fauteuil en faisant attention. Un aide soignant me montre fièrement comment installer un malade avec un lève-malade qui tomberait en panne. La fille de la patiente vient la voir régulièrement et la promène dans le jardin. Durant la pause, on m’explique que l’institution aime les personnes dépendantes car elles amènent plus de subventions.

Il y a aussi les résidents mobiles. Deux sœurs s’égarent parfois dans les chambres d’autres. Elles ne sont pas méchantes et oublient un peu. Il y a aussi la dame que son fils a mis là depuis qu’elle s’est faite agressée chez elle. Il craint pour elle et lui a donc pris une chambre dans l’institution. Elle habite en face, passe souvent la journée chez elle et revient le soir. Là, elle harangue certains pensionnaires qui ne vont pas, les enjoignant à se ressaisir car ils se laissent trop aller. Certains optimistes sourient comme cette dame aveugle en fauteuil qui aime être déplacée ici ou là, toujours avec le sourire. Ce qui compte peut-être plus qu’ailleurs, est de trouver une nouvelle routine en EHPAD, chose que certains ont du mal à saisir. Mais est-ce si facile quand le seul espace qui reste à certains, se limite à leur chambre.

Durant mon stage, nous culminons à 5 stagiaires pendant une journée. Les stagiaires ne sont là que pour observer mais on les responsabilise vite. Tu veux essayer de faire une toilette ? On t’explique comment laver la personne. La seule toilette que l’accompagnant fait lui-même, reste la toilette intime. Rapidement, on vous demande de faire manger des personnes dans leur chambre etc. Il y a à la fois une envie ici de faire partager le travail mais aussi une conscience du lendemain. Demain, le personnel sera moins nombreux. Les futurs absents seront compensés par des stagiaires qui même observateurs, se verront confiés certaines tâches. Chaque jour, je reste vingt minutes de plus pour finir de faire manger des malades. Cela soulage le personnel mais en même temps, on m’explique de ne pas trop en faire car sinon, je risque d’être happé par la machine institutionnelle.

Une chose me choque : Quand je parle avec des stagiaires, le personnel travaillant sur place ou les membres de la famille venant quasiment chaque jour, tous ont la même réponse : Personne ne veut être plus tard en EHPAD. Moi même quand je m’en vais, n’ai pas cette envie. En partant, je repense à ce que la gestionnaire et nombre de personnes travaillant sur place m’ont demandé. Avez vous vu l’émission à la télé, l’autre jour ? Ils montraient une structure privée où deux aides soignantes s’occupaient d’une cinquantaine de résidents. Une honte. Ici, c’est mieux. C’est public. La gestionnaire quand j’avais signé ma convention, m’avait évoqué le nombre de personnes s’occupant des résidents et la somme qui était allouée chaque jour pour les repas. Tous vantaient l’établissement par rapport à cette autre institution vue à la télé. Et ce, même si la cuisinière sait que son budget va être raboté. Même si tous savent que la réduction d’effectif les fera tendre vers cette honte télévisuelle demain.

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